L’Hexenkunst, les Hexens et les criptydes

Hexenkunst : Substantiv, feminin [die], mot allemand :  sorcellerie.

Le 23ème siècle a connu nombre de pandémies, pour la plupart conséquentes aux ravages de l’Impact et du réchauffement climatique. Mais trois d’entre elles sont entrées dans l’histoire, à cause du même virus, non seulement pour ses ravages sur la population humaine, mais pour les mutations mondiales que cela a engendré.

L’hexenkunst est le nom donné aussi bien à la mutation qu’au métavirus d’origine artificielle volontairement disséminé dans la jungle amazonienne, vers 2055, par Caio Antonius Maria Hexer.  Il s’agit d’un facteur de mutagénèse inséré dans un pararétrovirus similaire aux caulimoviridae. Le facteur de mutagénèse code, pour faire une parabole imagée, pour un accroissement du processus de photosynthèse. Ainsi donc, le virus modifiait à l’origine le code génétique de la plante, qui absorbe plus de dioxyde de carbone lors de son processus de nutrition, accélérant par conséquence sa croissance et son cycle de vie. Son but, louable, était de trouver une solution au réchauffement climatique. Il a accompli son rôle et est présent dans quasiment toute la flore mondiale, mais est rapidement passé du végétal à l’animal en mutant toujours plus avant d’atteindre les mammifères, puis l’homme, à partir de 2110.

La plupart des spécialistes pensent que l’hexenkunst a gagné ses caractéristiques actuelles depuis une souche née dans l’Abime : il est aussi contagieux que le virus de la grippe ; les symptômes sont d’ailleurs similaires. L’incubation dure trois jours, puis les symptômes débutent avec une forte fièvre, des céphalées violentes, des douleurs musculaires qui peuvent s’achever en spasmes douloureux et, très rapidement, des difficultés respiratoires. Traité avec des antiviraux classiques, l’hexenkunst peut être soigné dans 40% des cas. Mais il est mortel dans 50% des cas sans traitement. La maladie dure six à dix jours, mais il faut compter trois semaines pour s’en remettre complètement.

Dans tous les cas, pour les personnes qui n’ont pu être vaccinées et qui ont été atteintes, la biologie des survivants mute : ils gagnent une espérance de vie nettement prolongée et une remarquable résistance aux rayonnements et aux écarts de température. Mais tous deviennent infertiles ; mais pas stériles, ils peuvent toujours procréer, mais avec de très faibles chances sans assistance médicale. Un petit nombre, les Hexen, développent des aptitudes surnaturelles comparables à des pouvoirs psioniques.

Les Hexen

Le terme ne désigne pas les humains et animaux atteint par les mutations de l’hexenkunst, mais ceux chez qui les conséquences de ces mutations ont eu des effets hors-normes. Environ 50% de l’humanité a vu son métabolisme affecté par l’hexenkunst. Pour un peu moins de 1% de ces contaminés, la conséquence a donné lieu à des choses étranges.

Les Hexen sont tous dotés d’aptitudes clairement paranormales et si, dans l’immense majorité des cas, celles-ci sont assez limités, vous ne pouvez cependant pas vous sentir à l’aise avec qui peut finir vos phrases à votre place, allume sa cigarette d’un regard ou peut vous dire à l’odorat qui est dans la pièce d’à côté et quel est son état émotionnel.  Le plus effrayant est que, d’une part, sauf pour quelques cas où la mutation s’est accompagné de difformités que la médecine du 23ème siècle laisse rarement se développer, rien ne distingue visuellement un Hexen de tout autre individu et que, d’autre part, toute la science moderne bute complètement à expliquer l’origine et le fonctionnement de ces aptitudes. Sauf une chose, assurée et vérifiée : il s’agit bel et bien des mêmes conditions qui président à l’apparition des Twilight Zones. Or, on a beau les connaitre, il est impossible de savoir quand les TZ vont se manifester : seulement parfois prévenir que dans tel lieu et selon les conditions actuelles, les chances sont basses, ou très élevées. A noter que même s’il existe des tests biologiques pour détecter les Hexens, ceux-ci ne sont pas totalement fiables : il reste 5 à 10% d’Hexens qu’on ne détectera qu’en voyant l’usage de leurs aptitudes, et un petit nombre de gens non-concernés qu’on confond avec des Hexens.

Une dernière chose, la plus effrayante et qui explique la ségrégation dont sont victimes les Hexen : de temps en temps, il s’avère que leurs aptitudes s’emballent, déclenchant une Twilight Zone, souvent avec des conséquences mortelles pour eux, mais aussi bien ravageuses pour leur environnement. Là encore, il est encore impossible de comprendre comment le phénomène se produit, on sait seulement que la cause principale en l’est l’excès massif et dans un temps court de leurs aptitudes. L’emballement peut cependant être à priori contenu par l’usage de puissants psychotropes qui ont été mis au point avec un relatif succès. Mais rien ne permets d’éviter le risque et on ne peut toujours pas le prévoir.

Les rumeurs concernant la disparition d’Hexens particulièrement dangereux ou puissants, d’études interdites, de cobayes et de laboratoires, vont bon train, autant que celles sur les plus effrayantes exactions des Hexens, qu’on voit toujours comme des monstres potentiels. Les Hexens sont discriminés, certains états interdisent leur présence, d’autre limitent fortement leurs droits légaux surtout dans les accès professionnels et les déplacements et les Hexens tendent à vivre en communautés isolés, parfois dans de véritables ghettos, pour se soutenir face à de régulières et fréquentes persécutions.

Les cryptides

L’Hexenkunst n’a pas causé des mutations que dans la flore et chez l’espèce humaine, mais chez nombre d’autres formes de vie, y compris les mammifères. Et, entre ces mutations et les étranges conséquences des Twilight Zones, toute une nouvelle faune, qu’on nomme les cryptides, est apparue, soit en s’adaptant aux biotopes de la Terre, soit en les hantant tant qu’ils parviennent à y survivre. Et les plus dangereux ne sont pas forcément les plus étranges et monstrueux, mais les cryptides qui sont parvenu à s’adapter et prospérer.

Les cryptides issus des mutations du Hexenkunst présentent les mêmes caractéristiques que pour les humains : ils sont plus résistants, leur durée de vie est clairement hors-normes pour la moyenne de leur espèce parente et ils sont infertiles, c’est-à-dire qu’il se reproduisent peu. Mais, pour l’exemple, une laie mutante qui se reproduit peu pourra tout de même faire un ou deux marcassins par an. Hors, les sangliers mutants, que l’on nomme les dos-d’acier, font au moins deux fois le poids de leurs cousins et ont une peau et des os présentant un maillage organique de fibres de carbone si dense qu’il résiste aux plus gros calibres. Un dos-d’acier a assez de puissance pour arrêter net une voiture qui le percute et repartir sans plus que des égratignures.

Parmi les cryptides célèbres et répandus, on compte les chacal-esprit qui ont développé une cognition étendue et des doigts préhensiles avec un pouce opposable aux pattes avant, les loups-fantôme dont le pelage leur permets d’échapper pratiquement aussi bien à la vue qu’aux senseurs, les wendigos, des ours surdimensionnés, résistant à tout et qui peuvent se nourrir de pratiquement n’importe quoi et encore les rats-tyrans, des rongeurs terriblement retors et malins, qui possèdent un contrôle télépathique sur des groupes entiers de rats communs.

Ce qui est relativement rassurant est que l’Hexenkunst semble n’avoir jamais donné naissance à des mutations comparables chez les insectes et d’autres animaux à très fort taux de reproduction. Tout au plus y a-t-il quelques nouvelles espèces un peu plus invasives, résistantes ou un peu plus grandes. L’autre soulagement est que la pression du milieu limite la prolifération de tous ces mutants, leur infertilité les condamnant à vivre en petit nombre. Ce qui n’est pas plus mal car on ne sait pas comment faire disparaitre certains cryptides, notamment dans le milieu marin où certaines mutations ont donné lieu à de véritables monstres, chez les requins, les baleines et les céphalopodes. Quant aux choses « nées » d’une Twilight Zone, là, tout est possible et rarement de manière vraiment heureuse. L’imaginaire se fatiguerait à essayer de décrire ce qui peut alors apparaitre et venir hanter les coins perdus du monde du 22ème siècle, et on les nomme simplement les « monstres » tout en espérant ne jamais en entendre parler ailleurs qu’aux infos. Face à ces monstres qui défient aussi bien l’imaginaire que les limites de la science, il n’y qu’une solution, l’élimination. Parfois, on parvient à capturer et isoler certains spécimens contrôlables, mais les cryptides crées par les Twilight Zone ne durent jamais longtemps, ce qui n’est pas plus mal.

Pour conclure, l’humanité a réussi à s’accommoder des cryptides, tant bien que mal. Après l’Impact et la Fin des Temps, puis le pic du réchauffement climatique, l’expansion de l’Hexenkunst a imposé à l’homme que la nature reprenait ses droits ; les cryptides n’en sont qu’une expression supplémentaire. Et ce droit de la nature implique aussi les villes, qui ont bien du mal à tenir à distance les risques de la nature du 23ème siècle. Dans le monde urbain, le contrôle des cryptides est avant tout l’affaire de services spécialisés municipaux et de Schattenjäger formés en unités d’intervention pour les plus dangereux, dans le monde rural, plus dispersé, tout le monde garde toujours des armes à disposition, au cas où. Et ce n’est pas une prudence excessive : la randonnée et la promenade en pleine nature sont devenus des activités risquées, désormais et, par endroits, elles ne sont clairement plus destinées à des amateurs.

 

 

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