Le projet Atlas

Le projet Atlas, c’est le plus gros employeur du 23ème siècle, avec une personne sur 150 dans le monde qui travaille directement ou indirectement pour l’organisation, c’est-à-dire près de dix fois plus que les gens qui travaillent pour StarForce. C’est un projet de géo-ingénierie, entamé en 2090, destiné à favoriser la formation et le maintien des glaciers du Groenland, du Pôle Nord et de l’Antarctique afin de limiter les effets du réchauffement climatique et de la montée dramatique des eaux.

Fortement financé depuis sa création, paradoxalement souvent décrié, avec une histoire tumultueuse émaillée d’accidents spectaculaires, Atlas représente désormais plusieurs chantiers gigantesques : reforestation, protection du permafrost, endiguement de la désertification, terraformation des zones contaminées par les ravages du 21ème siècle, gestion des digues maritimes et canaux de drainage protégeant des régions inondables et fertiles, etc…

Mais son chantier phare, ce sont les mille deux cent stations glaciaires aux deux pôles et sur les banquises continentales : des plateformes marines et terrestres qui pompent de l’eau, la congèlent et la rejettent en masse sous forme de glace pilée et de neige. Le financement colossal du projet Atlas est souvent remis en question et fait l’objet d’enjeux politiques à grande échelle.

Le Projet Atlas est cependant si vital pour parvenir à réparer les dégâts du réchauffement climatique que tout le monde y adhère. Ceci dit, les meilleurs experts ont estimé qu’il ne parviendra à rééquilibrer durablement le climat mondial que dans un minimum d’un siècle, au mieux.

Organisation

Le Projet Atlas est une organisation internationale et indépendante. Initié par l’UNE, après la crise brésilienne et la Guerre de l’Amazonie, le projet a été décidé comme devant être complètement indépendant pour s’assurer de la collaboration de toutes les nations du monde. Son financement est assuré par des subventions très importantes de l’UNE et des nations, via, d’une part, des impôts spécifiques et, d’autre part, par des taxations sur les transactions financières internationales et les investissements industriels.

Le projet Atlas a pour caractéristique un peu surprenante d’être économiquement rentable ; au-delà de son rôle de contrecarrer le réchauffement climatique, le travail de réhabilitation des milieux produit de la richesse, puisque ces zones remises en état peuvent à nouveau être exploités ; les sols redeviennent fertiles, les forêts assurent un cycle de l’eau stable et propre, les eaux redeviennent saines et poissonneuses et, en règle général, la stabilisation, même si toute relative, des températures de la Terre produit une richesse que personne ne remets en question au 23ème siècle. Mais l’autre rentabilité économique du Projet Atlas, c’est qu’il fournit du travail à des quantités d’ouvriers, techniciens, ingénieurs, cadres et scientifiques, employés fédéraux et d’état, d’autres de Consortiums, etc. En fait, il fait vivre plusieurs villes et participe à la richesse économique de plusieurs nations, comme les États du Pôle, l’Atlantide, Le Groenland, la Sibérie, etc.

L’APCO

L’APCO (Atlas Project Central Office) est le centre administratif du Projet Atlas, où se trouve le conseil d’administration de l’organisation. Il n’y a pas de président : le conseil d’administration est élu par les états-membres du Projet Atlas, qui élit aussi le secrétaire général de l’APCO, qui a avant tout un rôle représentatif et exécutif. L’administration du Projet Atlas, c’est 187 000 personnes, deux IA T8 (Déméter et Coré, des célébrités) et une quantité d’autres IA T5, sans compter des cohortes de superviseurs locaux et une armée d’écosophes chargées d’étudier l’évolution et les impacts du projet sur le climat local aussi bien que mondial.

L’administration du Projet Atlas se trouve au Dôme d’Oslo, en Fédération Nordique. Traditionnellement, tous ses secrétaires généraux étaient d’ailleurs de cette nation, mais l’actuel, Onimbo Hehazou est citoyen somalien de l’Union Africaine. Chaque nation dispose d’un centre administratif local de l’APCO avec son secrétaire délégué, y compris Olympus et, depuis deux ans, Luna !

Les Försters

La sécurité des chantiers et installations du Projet Atlas est avant tout assurée par les Casques Bleus de l’UNE, suivi des forces locales de police. L’organisation dispose cependant d’un groupe d’intervention de pompiers, secouristes, spécialistes des accidents naturels et industriels et aussi de militaires formés à l’intervention en zone à risque, sous la direction de l’APCO et des bureaux régionaux ; on surnomme ce groupe, de plusieurs milliers de personnes, les Försters (forestier, en allemand).

La politique et le Projet Atlas

Le projet Atlas est donc, dans les faits, une ONG, puisqu’elle est indépendante et ne fait pas de bénéfices. Mais une ONG considérée aussi comme une entité économique majeure qui, d’ailleurs, brasse sans doutes au moins autant d’argent que Shipstone Industries et plus que bien des états. La décision de modifier, arrêter ou prioriser un projet de terraformation, de digue ou de station glaciaire quelque part dans le monde est donc un enjeu économique majeur pour les états, qui peuvent voir soudain leur économie locale, voire nationale, mise à mal soudainement !

Le projet Atlas est donc un des sujets de discussion récurrents au sein de l’UNE. C’est un peu le lieu où les nations font de leur mieux pour négocier les projets en cours, tenter de convaincre l’APCO de les privilégier, et discuter entre nations pour trouver des terrains d’entente diplomatiques et stratégiques. Et le tout doit, ensuite, encore être négocié avec le conseil d’administration de l’APCO, qui souvent renvoie la balle à l’UNE et on recommence pour un tour. Ainsi, chaque nouveau chantier fait l’objet d’âpres négociations qui feraient passer certaines tractations de traités d’échange pour des discussions de cour de récréation.

Paradoxalement, l’APCO n’a pas forcément une posture dominante dans toutes ces tractations : elle dépend de l’argent que versent les nations-membres, ainsi que de leurs autorisations pour pouvoir intervenir sur leur sol et lancer des projets. Si on imagine qu’il n’est pas difficile de pouvoir aller lancer un chantier sur une Zone d’Exclusion sous contrôle direct de l’UNE (et en fait, si, c’est difficile, car il y a souvent des gens, sur place, et il va aussi falloir compter avec eux), il n’est pas toujours aisé de pouvoir faire de même sur le territoire d’une nation qui n’y voit pas son intérêt, surtout quand elle doit mettre la main à la pâte elle-même. Le Projet Atlas est, finalement, un très complexe sac de nœuds, qui réussit tant bien que mal à parvenir à ses fins, car tout le monde sait à quel point il est nécessaire et utile… mais qui doit en permanence prouver qu’il l’est, et qu’il doit rester prioritaire, pour chaque nation de la Terre. Et autant dire que ce n’est pas facile tous les jours ! Le métier d’avocat ou d’expert juridique pour l’APCO est très formateur, mais il faut aimer les défis professionnels ardus.

Encart : les prestataires

Atlas emploie bien entendu énormément de prestataires, soit pour de la sous-traitance, soit, plus communément, pour assurer des services qui ne sont pas de ses compétences. Il y a ainsi d’énormes et juteux contrats qu’entreprises et Consortiums s’arrachent au gré des appels d’offre et des traités commerciaux, avec parfois certains accords opaques sur lesquels même l’UNE ferme les yeux tant que ce n’est pas trop gros. On a donc des prestataires dans la formation, la robotique, l’ingénierie structure, le transport terrestre et aérospatial, la sécurité, l’intendance, l’énergie et même quelques sociétés militaires privées, souvent engagés par les prestataires eux-mêmes.

Les différents programmes

Le Projet Atlas, on en parlait, a eu une histoire mouvementée… et, oui, il a même été au départ subventionné pour aller balancer des aérosols soufrés dans l’atmosphère ; ça n’a pas duré longtemps. Quelques accidents d’avion, catastrophes météos et inondations dramatiques plus tard, pour finalement constater que la couche d’ozone, très fragilisée à la fin du 21ème siècle, n’aimait pas du tout le traitement, et tout fut abandonné… pour, forcément, accentuer brutalement le réchauffement en interrompant la diffusion des aérosols et participer à provoquer la Giga-tempête de 2100. Quand on vous a dit que l’histoire du projet fut houleuse !

Donc, oui, tout a ensuite été testé en matière de géo-ingénierie, comme la fertilisation océane, avec du sulfate de fer ; très vite, il s’est avéré que la portion de fertilisant non consommé par le plancton provoquait par toxicité des dégâts sur la faune marine qui ne valaient pas le coup. Pareil pour des projets encore plus déments, abandonnés d’entrée de jeu, comme l’altération rocheuse forcée pour absorber le CO2 ou encore les parasols spatiaux.

En fait, pour que la géo-ingénierie fonctionne, elle doit soit imiter la nature, soit l’aider et la réhabiliter. Et c’est donc un des plus déments, mais aussi un des plus viables et avec le moins d’effets secondaires des projets possible, qui fut finalement testé, puis lancé à grande échelle au 22ème siècle : la modification de l’albédo et des climats polaires par génération de banquises artificielles. Mais bien sûr, cela ne suffisait pas, et nombre de programmes ont suivis, toujours plus gigantesques ; après tout, on parle bien de sauver la Terre et tout le monde y croit.

À noter que le Projet Atlas, en plus d’employer des millions de personne, est un des premiers consommateurs mondiaux de robotique de chantier. Il est tellement important dans ce domaine, d’ailleurs, qu’il a sans doutes autant participé à l’essor et la modernisation de la robotique que les grands laboratoires des entreprises privées. Même à l’heure actuelle, nombre de robots sont mis au point et testé par des spécialistes et des Consortiums en partenariat avec le Projet Atlas, sur le terrain, en conditions réelles.

Encart : postuler au Projet Atlas

Atlas a toujours besoin de bras et recrute donc en permanence. Un dicton souvent entendu partout est que si tu ne trouves pas de travail ailleurs, Atlas en a toujours à proposer. Les recruteurs des stations polaires ou des chantiers de terraformation ne sont pas très exigeants sur l’embauche des ouvriers et techniciens débutants et, entre autre, ne tiennent pas compte du casier judiciaire des candidats, ce qui n’empêche pas quelques questions à ce sujet dans les entrevues de recrutement. Autant dire que les gens avec un gros passé judiciaire et qui veulent se faire oublier sautent sur l’aubaine. Et ce qui donne aussi une réputation aux chantiers cités d’être des milieux rudes et difficiles, où les incidents violents et les trafics sont nombreux. Une réputation qui n’est d’ailleurs, en effet, pas galvaudée.

Les Stations glaciaires

Symboles du Projet Atlas, icônes connues de tous de la géo-ingénierie du 23ème siècle, les stations glaciaires sont pour résumer, de gigantesques faiseurs de banquise. D’apparence assez similaire à des plateformes pétrolières géantes, les stations glaciaires abritent des pompes à eau, un système de filtration, un énorme échangeur de chaleur surpuissant, et des canons à dispersion, le tout autour d’un réacteur à fusion : l’énergie nécessaire à ces machines est telle que les piles shipstone s’avèreraient moins pratiques pour les faire fonctionner.

Une station glaciaire, c’est assez peu de personnel en soit : environ 250 personnes suffisent, ce qui est toujours une surprise pour le visiteur – oui, on peut les visiter en touriste – qui découvre ces machines, d’une envergure de 150 mètres, hautes de soixante étages, pesant 150 000 tonnes. Mais les équipages des stations glaciaires vivent dans des conditions difficiles, entre risques professionnels, climats extrêmes et promiscuité. Aussi, une équipe complète est-elle en fait de 600 personnes, permettant des roulements entre les stations et des camps de bases mobiles où se trouvent aussi les unités de secours et les services médicaux. Il y a environ 1200 stations réparties dans le monde.

Chaque station pompe de l’eau, soit douce, soit salée, selon l’endroit où elle est installée, la congèle, puis la projette autour d’elle sous forme de glace finement pilée – ce n’est pas réellement de la neige, même si on s’en rapproche. La glace est acheminée vers les points de projections par une tuyauterie robotisée, qui peut être ajustée et déplacée, et ainsi couvrir des surfaces très étendues. En fait, une station glaciaire recouvre de trois mètres d’épaisseur de glace un kilomètre carré en quelques minutes, ce qui permets de juger de l’efficacité du procédé.

Ainsi, rapidement, se forme une petite banquise qui refroidit la zone et crée un albédo (elle renvoie la lumière, et donc, la chaleur). Les stations sont mobiles : sur l’eau, elles se déplacent lentement en flottant, sur terre, elles bougent sur chenille. Leur puissance motrice est telle que la glace la plus épaisse ne les freine guère, et la répartition de celle-ci est prévue pour éviter tout englacement… ce qui cependant arrive parfois. Bon, par contre, ça ne bouge pas vite : environ 1,5 km/hr sur terre, et cinq nœuds sur mer.

Les stations glaciaires sont des prodiges d’ingénierie, qui font d’ailleurs la fascination de bien des étudiants et élèves rêvant d’y travailler : après tout, elles sont dans des endroits incroyables, au niveau des pôles, au milieu des océans glacés ou encore sur les banquises antarctiques ou du Groenland, sans oublier les contrées les plus reculées de Sibérie. Mais bon, la réalité est nettement moins glamour. C’est un métier très bien payé, en effet, même pour l’ouvrier spécialisé qui commence à peine ; mais un métier très dur, épuisant, et qui est connu pour être vraiment à risques.

La reforestation

L’objectif affiché par la Nouvelle Humanité en général, c’est de planter et faire prospérer la bagatelle de 4500 milliards (oui oui), d’arbres. Ce qui représenterait donc un total de pas loin d’un milliard d’hectares, en plus des environ 2,6 milliard d’hectares présents sur Terre. Une telle masse permettra d’assurer un recyclage naturel et écologique du carbone à grande échelle et, chaque forêt qui prospère, c’est un peu de fraicheur et d’eau propre en plus. Au 23ème siècle, environ 1800 milliard d’arbres et arbustes ont été plantés et ont survécu en bonne santé.

C’est donc sous la direction du Projet Atlas qu’est dirigé ce chantier titanesque. Et ce n’est pas si simple qu’aligner des ouvriers avec des pelles et des arbrisseaux pour les planter à la queue-leu-leu. Le projet est de recréer des forêts, avec toute leur diversité d’essences, au plus approchant possible d’un milieu naturel, comparable aux forêts primaires. Et planter n’est alors qu’une première étape : il faut veiller aux plants, les protéger, assurer leur survie, recréer un biotope naturel selon le milieu où on plante, intervenir le plus efficacement possible tout en limitant, paradoxe difficile, au maximum l’intervention humaine dès que la reforestation commence à fonctionner. Et, pour finir, il faut s’assurer que les incendies jouent leur rôle écologique de régulation, tout en évitant que tout ne parte en flammes, ce qui reste encore très difficile dans un climat qui connait régulièrement, entre autres extrêmes climatiques, des sécheresses et des canicules.

Ce sont donc plus d’un million d’agents forestiers qui vont, chaque année, sur les fronts de reforestation, sous la direction d’équipes de superviseurs et d’écosophes, parfois dans des milieux difficiles, parfois même dans des coins complètement paumés, planter des arbres, avec soin et minutie. Les robots ne sont pas forcément d’une grande aide pour faire le travail – mais ils ont leur rôle à jouer tout de même – et la plupart de la tâche, colossale, est faite à la force humaine. Et comme on le mentionne plus haut, planter n’est qu’une partie du travail : ces forêts, il faut les entretenir, les protéger et observer leur bon développement, ce qui engage encore des quantités impressionnantes de personnel et de spécialistes.

Il est à noter que ce travail est fait en bonne intelligence relative avec les filières du bois. Au 23ème siècle, les meubles et accessoires en bois sont un luxe, même si là encore relatif. Aussi, les entreprises d’exploitation forestières participent activement au projet en faisant de l’abattage intelligent et en participant à la reforestation et à l’entretien des zones boisées exploitées, afin que leur travail ne vienne pas contrecarrer cet immense chantier. Bien entendu, tout n’est pas rose non plus et les relations entre les grandes compagnies d’exploitation forestières qui fournissent la matière première pour la construction, la menuiserie, la production de papier, ne sont pas toujours très enclines à collaborer en bonne intelligence. Et le trafic et l’abattage illégal sont encore des activités qui se pratiquent ici et là et enrichissent des trafiquants, malgré une lutte féroce et plutôt efficace pour les contrecarrer.

Au sujet du biotope

Replanter des forêts et réensauvager, c’est bien, mais cela ne fonctionne pas si on ne s’assure pas une population animale conséquente – et on ne parle même pas des champignons, indispensables à toute la vie végétale. Ce qui, en théorie, n’est pas difficile : la vie colonise tous les milieux ; dès que des animaux voient un nouveau territoire qui leur est accessible, ils foncent s’y installer et, s’il est bien adapté, ils y prospèrent.

Cela dit, les animaux, dans leur ensemble, et principalement les batraciens et beaucoup d’arthropodes, ont salement morflé pendant tout le 21ème siècle. Les abeilles ont réellement failli disparaitre après la Fin des Temps, pratiquement tous les batraciens de l’hémisphère tempéré nord ont été décimés, il ne restait qu’une espèce de papillon sur quatre à la fin du 21ème siècle et, là encore, on ne parle pas des champignons qui se sont eux aussi fait massacrer jusqu’à frôler pour la majorité l’extinction.

Et bien sûr, il ne faut pas croire que l’extinction de masse s’est arrêté comme par magie au 22ème siècle ! C’est, encore une fois, l’action positive de la Nouvelle Humanité, en favorisant ce que la nature faisait en tentant de reprendre ses droits sur une Terre fortement dépeuplé, qui a permis, d’une part, la sauvegarde d’espèces gravement menacées, d’autre part la réapparition d’espèces disparues, par les technologies de séquençage ADN, des matrices de reproduction extra-corporelle et par de vastes campagnes d’élevages et de repopulation.

Le Projet Atlas, dans ce domaine, n’est que l’un des très nombreux organismes à participer à ces campagnes, principalement dans le domaine de la réintroduction d’espèces en même temps qu’elle suit son programme de reforestation. La protection animale et les programmes de réintroduction qui y sont liés sont donc avant tout gérés par des organismes d’états et internationaux, comme l’UNGSF (United Nations Global Species Foundation).

La terraformation

La Terre au 23ème siècle, et nous en avons déjà parlé, ce sont des millions d’hectares de sols pollués durablement. Entre les déchets plastiques à longue vie, les déversements polluants de l’industrie du 21ème siècle, les pollutions massives des centres industriels et des centrales nucléaires qui se sont effondrés après l’Impact et les zones irradiées par toutes les bombes atomiques de la Seconde Guerre des Machines, il y a des régions entières, comme par exemple les deux tiers de la France ou la moitié de la Côte Est de l’Amérique du Nord qui sont des Zones d’Exclusion à peine vivables.

Le premier chantier de terraformation lancé l’a été pour tenter de réhabiliter le Rhône et le Rhin, tous deux complètement pollués et dévastés. Initié au départ par l’Europe, des accords internationaux ont permis d’intégrer le Projet Atlas et ses compétences dans le projet, en lui confiant les rênes du chantier, sous la supervision de l’UNE, garante de la protection légale des Zones d’Exclusion et de leur population. Depuis 2135, quinze autre grands chantiers ont été initiés, toujours en collaboration avec les nations et les pouvoirs locaux concerné. Les chantiers sont en France, Italie et Allemagne (Europe) au Texas, en Californie, dans la région entourant New-York et Washington, autour des Grands-lacs, autour du Fleuve Jaune et dans le Guangdong, dans le delta du Nil, sur la côte Libano-Syrienne, autour du Golfe d’Aden en Éthiopie et Somalie, sur la côte du Golfe de Guinée, en Ukraine, au Kazakhstan, sur l’ile principale du Japon, et autour de la Mer de Marmara, en Turquie.

La terraformation dont on parle ici, ce n’est rien moins qu’arriver avec des robots de chantier colossaux, arracher des tonnes et des tonnes de terre et de roche, la décontaminer dans de gigantesques recycleurs à nanobots qui traitent des millions de mètre cube par jour, puis transporter cette terre dans des norias de camions autonomes et reposer ces couches de terre et de roche assainis. Puis, car sinon, ce serait trop facile, recréer avec d’autres engins de chantiers, des robots et des quantités gigantesques de personnel, un paysage aussi naturel que possible et apte à accueillir un biotope sain… et, plus tard des humains qui pourront y vivre. Donc, là encore, même avec des quantités énormes de robots, le personnel humain employé sur ces chantiers dangereux est colossal, pas loin de la moitié des gens travaillant pour le Projet Atlas !

Même avec la puissance sans commune mesure du recyclage au 23ème siècle, qui peut même traiter les déchets hautement radioactifs, et même en considérant la puissance de la robotique que la Nouvelle Humanité peut déployer, la terraformation reste malgré tout terriblement lente, particulièrement difficile et épouvantablement coûteuse. L’ensemble de ces chantiers ne parvient à réhabiliter que quelques centaines d’hectares par jour, et on parle bien de millions d’hectares à terraformer. L’estimation la plus optimiste annonce que la terraformation de toutes les Zones d’Exclusion polluées sera achevée dans environ 250 ans. Oui, on n’est pas rendus. Mais personne ne veut, pourtant, renoncer, alors que les coûts sont pharaoniques et que cela va prendre des siècles. Car les zones qui ont été affectés sont aussi, pour beaucoup d’entre elles, les anciens cœurs les plus prospères des nations concernées, qui voudraient bien pouvoir, d’une part, exploiter à nouveau ces zones stratégiquement attractives et, d’autres part, se débarrasser des populations autochtones de ces Zones d’Exclusion sans avoir à les exterminer ou les déporter : c’est plus facile de rétablir l’ordre et imposer des lois dans un environnement sain où les forces de police que vous envoyez ne risquent pas leur vie simplement en respirant…

La protection littorale

Secteur un peu moins important dans lequel a investi le Projet Atlas, la gestion de la protection littorale contre les submersions marines est un sujet surtout national. Ceci dit, les nations protègent leurs côtes pour des raisons économiques et démographiques avant tout : il s’agit de sauver les villes, les régions urbaines, agricoles et industrielles avant tout. Les côtes sauvages sont beaucoup moins prioritaires.

Et c’est dans le domaine de la protection des littoraux naturels que le Projet Atlas est le plus actif. Alors, ça ne veut pas dire qu’il n’offre – pardon, ne loue – pas ses compétences dans le domaine des digues et atolls artificiels ; après tout, entre ses moyens et son expérience, il est sûrement le plus efficace. Mais il concentre ses efforts pour réensauvager et protéger les côtes naturelles de l’érosion et des submersions, avant tout. Il s’agit de remettre en état les traits de côte pour permettre d’éviter des érosions rapides, de la manière la plus naturelle possible, ce qui parfois veut dire sacrifier certains littoraux pour en sauver d’autres, rendre des deltas et des lagunes à la nature, favoriser la réapparition des marais ou encore replanter des mangroves.

Ceci dit, ce sont les ingénieurs maritimes du Projet Atlas qui maitrisent la meilleure technique connue de protection côtière : les murs d’atolls. Il ne s’agit ici pas de bloquer l’eau par des digues, mais de briser la puissance des ondes de marées et leurs ravages en créant des lignes d’ilots artificiels, aux socles profonds et solides, plantés et rendus à la vie sauvage, qui favorisent l’apparition de bancs de sable et de chenaux par où circulent les courants, qui perdent ainsi en puissance et en capacités de dommages. Ces « murs d’atolls » ont essaimé un peu partout, avec de nombreuses variantes, car ils peuvent même devenir des ilots urbains face aux villes côtières. Les digues sont alors moins nécessaires, il n’est plus impératif de les faire vastes et hautes, pour un coût relativement modeste et, il est vrai, quelques sacrifices en terme de superficie, car il faut laisser passer les eaux et les faire circuler, et détruire tous les urbanismes menaçant le trait de côte.

Ceci dit, pour cela, le 21ème siècle s’est bien chargé de le faire lui-même. Les villes les plus basses au-dessus des eaux ont toutes étés inondés durablement jusqu’au début du 22ème siècle et beaucoup ont été dévastées et abandonnées. Mais pas toutes, et certaines ont même été réhabilitées, comme par exemple New-York, partiellement immergée, mais protégée de digues, canaux et atolls artificiels.

La dépollution marine

Tâche qui semble à première vue insurmontable, la dépollution marine n’essaye pas de s’attaquer à autre chose que, d’une part, ramasser et filtrer tout le plastique accumulé dans les eaux, d’autre part réhabiliter les hauts fonds et les fonds côtiers où se sont accumulés les polluants issus des ravages du 21ème siècle, montée des eaux comprise. Il y a aussi des campagnes régulières d’encensement océanique pour favoriser la reproduction du plancton, mais de manière limitée et maitrisée, pour réduire aux mieux les effets secondaires.

Du coup, on ne parle ici ni de chantiers titanesques avec des machines gigantesques, ni d’armada de personnels humain. La dépollution marine est aussi bien une affaire locale, pour les états, qu’une affaire d’entente internationale où les états sous-marin ont un grand rôle à jouer. La dépollution est relativement simple pour les zones côtières qui peuvent être traités ; mais ce n’est, justement pas le cas partout et certaines zones vont exiger un pompage et un filtrage constant et régulier pendant des décennies, mais qui n’exige que quelques installations locales et un personnel réduit. Pour le nettoyage des zones profondes et le ramassage des déchets plastiques, c’est là aussi facile pour les gros éléments, mais les plus fins exigent un pompage des sédiments et un filtrage constant, pour des résultats de longue haleine.

C’est pour l’intervention à partir de 100 mètres et jusqu’à 1500 mètre que les communautés et cités sous-marines sont les plus efficaces pour gérer les installations de filtrage. Comme pour les stations de pompages côtières, il n’y a guère autre chose à faire que pomper et filtrer les sédiments, pour nettoyer une zone, et recommencer ailleurs en déplaçant l’installation.

Ceci dit, la dépollution marine est une manne financière importante pour les communautés et nations sous-marines, sans oublier que, étant souvent des économies aquacoles, elles voient aussi leur intérêt. Une eau et des fonds propres sont des terrains plus fertiles et faciles à exploiter. Il y a donc beaucoup de ces installations, qui sont, individuellement, de taille réduite, mais réparties en essaims, gérés en commun par du personnel du Projet Atlas et du personnel local qualifié. Mais cela reste un travail relativement risqué : on est parfois sous l’eau, parfois à de grandes profondeurs, sur des installations industrielles. C’est donc un métier confié en priorité à des gens habitués à la mer, à la plongée et aux milieux sous-marins… et aussi un des secteurs où les orques et certains dauphins viennent prêter main-forte, contre rétribution, bien entendu !

Les capteurs de carbone

La capture artificielle de carbone est principalement gérée par des bioréacteurs, dont la biomasse permet la production, entre autres, de bioplastiques, de carburants liquides et de graphanes. Il existe quelques dizaines de réacteurs chimiques associés à des puits de séquestration, conçus aux débuts du Projet Atlas et encore en fonction puisque les puis de séquestration peuvent encore stocker pas mal de carbone.

Mais la filière privilégiée a été celle des bioplastiques et surtout, celle des graphanes : ces derniers sont le matériau de construction-phare qui remplace l’acier au 23ème siècle. Grâce aux piles Shipstones, c’est un procédé rentable, qui a l’avantage de faire baisser le taux de CO2 dans l’atmosphère tout en créant de la richesse. Les bioréacteurs sont aussi la source des plastiques qui restent employés massivement par la Nouvelle Humanité ; ces derniers sont pour la plupart biodégradables et les autres entrent dans les filières de recyclage.

Du coup, à part les puits de séquestration de carbone, dont on a arrêté la construction depuis vingt ans, le Projet Atlas ne s’occupe pas trop de ce secteur, fournissant seulement quelques aides et subventions pour certains projets de bioréacteurs et de nouvelles industries, et dans la recherche pour améliorer les rendements et l’efficacité de ces machines.

Et la question est : est-ce que cela fonctionne vraiment ? Disons que nettement moins que la reforestation, mais cela reste quand même assez puissant et efficace pour justifier de poursuivre sur cette voie et de s’en servir pour de plus vastes applications, comme la production de protéines alimentaires ou de chimie. C’est surtout efficace autour des puis d’émission, comme les zones urbaines ou industrielles, des zones propices pour capter le carbone avant qu’il n’aille s’accumuler dans l’atmosphère. Car, même s’il n’existe pratiquement plus d’industries fortement polluantes en CO2, l’activité humaine en générale reste très productrice.

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