Les inspis pour Singularités : la série Person of Interest

Qui connait la série sera peut-être étonné de la voir citée dans les inspis de Singularités. Person of Interest, c’est donc une série de science-fiction contemporaine, en 5 saisons et 103 épisodes, crée par Jonathan Nolan (oui, le frère de Christopher Nolan, et scénariste de ses plus grands films), et produite par J.J « lens flares » Abrams, auteur, réalisateur et producteur d’une pétée de succès. Et donc, pourquoi inspi ? Parce que Person of Interest a servi de base de référence pour les principes du moteur de jeu Openrange, en plus d’être, par son sujet, une source d’inspiration facile d’accès pour les IA de Singularités.

Avertissement, ! Ca va quasi spoiler. Pas tant que cela, car le pitch et le générique de chaque épisode de la série ne laissent aucun doute sur ses thèmes et même ses sujets, mais un peu quand même parce que je préfère prévenir et éviter les râleries des gens.

Le pitch est simple est se dévoile dès le générique, par la voix d’Harold Finch :

« On vous surveille. Le gouvernement possède un dispositif secret, une machine, qui vous espionne jour et nuit, sans relâche. Je l’avais conçue pour prévenir des actes de terrorisme, mais la Machine voit tout ; tous les crimes impliquant des citoyens ordinaires. Le gouvernement juge ces crimes « non pertinents », mais pas nous. Traqués par les autorités, nous travaillons dans l’ombre. Jamais vous ne nous trouverez ; mais victime ou criminel, si votre numéro apparaît, nous, nous vous trouverons. »

Quant au résumé : John Reese, un ex-agent exécutif de la CIA, présumé mort et réduit à l’état de clodo, est recruté par un étrange gars à lunettes, Harold Finch, qui d’une, semble clairement milliardaire mais vit de manière très secrète et planquée, de deux, aime tellement sa vie privée que Reese – et le téléspectateur – mettra DES saisons entières à en connaitre le passé. Finch propose à Reese un boulot : il a créé une Machine, refilée au gouvernement pour empêcher des attentats terroristes, et qui peut prédire les crimes mais ne fournit qu’une chose : le (ou les) numéro(s) de sécurité social des personnes impliquées à New York ou dans ses environs. Reese et Finch vont donc tenter de retrouver ces « Persons of Interest » (« Personnes d’intérêt ») et de découvrir si elles ont le rôle de victime ou de coupable dans l’affaire concernée. Et, bien sûr, les ennuis et les intrigues vont commencer…

Ma bande-annonce préférée, celle de la saison 5. Nous vous en faites pas. elle ne spoile pratiquement pas.

Person of Interest est une série à plusieurs lectures : si elle a été conçu, du moins au départ, comme une série grand public de type procédurale (un épisode= une aventure complète), elle est avant tout construite comme une série d’intrigues à tiroir et à métaplots (oui, plusieurs !).

Son sujet le plus immédiat est que, derrière le paravent des enquêtes pour sauver des gens, par des héros travaillant dans l’illégalité, c’est une série qui traite du trauma post-11 Septembre des américains, de la peur du terrorisme et de leur dérive sécuritaire, et comment tout cela impacte tous les personnages principaux, mais aussi le quotidien. Mais c’est aussi une série sur la notion de la Singularité Technologique qui fait flipper les futurologues et bander les transhumanistes : le moment où une machine intelligente que nous aurons créé sera tellement avancée, qu’elle se mettra à concevoir, penser et créer à son tour au-delà de toute notre capacité de compréhension, sans que personne ne puisse prévoir ce qu’elle fera. Mais elle aborde surtout, de manière réussie, et je crois que de tous les films et séries que je connaisse, et j’en connais vraiment beaucoup, c’est la seule, la notion de la Conscience Artificielle pour une intelligence artificielle, avec un traitement du sujet très impressionnant et carrément magistral. On rajoute à cela le thème de la surveillance globale, de la dérive des technologies nomades et des réseaux sociaux, les sujets de la rédemption et du poids de vivre avec son passé quand on se sait responsable de crimes terribles, sans oublier un dernier sujet très important : la notion de relativisme du bien et de mal, dans les actions, les décisions, les angles de traitement d’un problème, dans un monde qui n’est pas noir et blanc, mais entièrement basé sur des nuances de gris, y compris la justice, même la plus droite.

 

Là, j’en entends me dire : « ho là là, ça va être prise de tête ! ». Et c’est là que Person of Interest et un morceau de génie ! A la fois grave, dramatique et pourtant drôle et héroïque, la série se base entièrement sur deux piliers pour réussir à être un spectacle grand public parfaitement abordable et magnifiquement distrayant : sa réalisation, et ses personnages.

La réalisation tout d’abord, est un peu le truc qui m’a le plus impressionné : Jonathan Nolan exploite tous les codes narratifs du cinéma d’action grand public. Les personnages sont des héros, aux capacités hors-normes, que ce soit les protagonistes ou leurs adversaires principaux.  Dans un New-York gris et en demi-teintes, tous les personnages sont incroyables par leur capacité, leur audace, leurs moyens… et les risques qu’ils se permettent de prendre. Chaque épisode ressemble ainsi nettement plus à du blockbuster d’action (humour bien dosé compris) qu’à de la série policière noire. Le plus fort étant de parvenir, pourtant, à nous plonger tout le temps dans des ambiances de roman noir, d’espionnage et de thriller technologique, le tout parfois carrément dramatique, et, surtout, à nous faire craindre pour les héros, car, ils ont beau être balaizes, ce ne sont que des humains. Ils craignent les balles comme (presque) tout le monde. Qui plus est, des humains faillibles, en danger, et activement recherchés et traqués eux-mêmes tandis qu’ils traquent leurs numéros et essayent d’aider la Machine à sauver le monde. Oui, rien moins que cela, mais je vous laisserai découvrir pourquoi sans en dire plus.

C’est simple, les codes narratifs parfaitement maitrisés de cette série, c’est ce qui a donné naissance aux principes des Archétypes dans Openrange, aux concepts des Motivations, au principe des Sbires et même aux notions des Augures pour Singularités. Jonathan Nolan a pris le meilleur des codes narratifs du cinéma, sans jamais tomber dans l’excès d’un genre ou d’un autre, et a réussi l’exploit de les marier habilement en une mécanique qui fait de presque chaque épisode de la série un spectacle blockbuster d’action échevelé où la tension est toujours palpable et le risque pour les protagonistes toujours bien présent.

A noter que dans nombre d’épisodes, la série se met en abîme ou carrément s’autogoal délibérément : ainsi, un épisode qui traite du mythe du super-héros de comics face à la réalité, plusieurs au sujet du rapport entre le mensonge, la fiction, la crédibilité des humains et la vérité factuelle, un autre où le réalisateur parvient l’exploit de briser le 4ème mur, SANS briser le 4ème mur. Sans oublier des scènes clin d’oeil d’action où la baston, bien présente, n’est tout simplement pas filmée, mais mise en ellipse avec le avant et le après, pour souligner le coté un peu surhomme de certains des héros.

 

Quant aux personnages… Person of Interest est considéré dans le monde des séries, comme une des meilleures séries diffusées sur une chaine grand public, entre autre pour la caractérisation magistrale de ses personnages. Le choix de chaque acteur pour chaque protagoniste a été clairement poussé avec un soin extrême, et chaque personnage est monté selon le principe : ses caractères apparents, ses caractères réels, sa spécialité, ses forces, ses failles, ses secrets, ses liens à l’intrigue générale, ses liens à tous les autres, son moment de rupture personnelle. En se servant de cette caractérisation très classique, chaque personnage renvoie au spectateur ses propres doutes, ses faiblesses, ses problèmes éthiques, ses hésitations quant à ses décisions, ses moments de défaite.

Ce sont des héros de blockbuster. Mais ce sont des héros humains, qui sont fragiles, comme tout le monde, ont leurs limites, comme tout le monde, sont tous coupables à un moment ou un autre d’avoir commis des crimes ou des horreurs, de s’être compromis… et parfois, de baisser les bras et ne plus tenir le coup. Mention spéciale quand on voit John Reese, qui pourrait tenir la draguée haute à John MacClane, pleurer de désespoir, le poids de sa peine et de son épuisement sur la face, tombant de son piédestal pour nous rappeler que, même lui, n’est qu’un humain. Et c’est loin d’être le seul qui vivra cela !

Ha oui… et si je n’ai cité que deux personnages principaux, les deux premiers, sachez que la série s’étoffe très vite d’une galerie impressionnante de protagonistes principaux (Fusco, Carter, Root, Shaw) y compris des putain de badasses féminines (en fait, elles le sont toutes !) et de personnages secondaires qui, parfois, éclipsent même nos héros (haaaa, Zoé Morgan et Carl Elias, quoi !!). Et, spoilons un peu : tout le monde ne survit pas aux cinq saisons, et même de loin. C’est aussi un des principes de la série : on ne vit pas ces aventures sans en payer le prix. Le prix est parfois très lourd et, parfois, c’est la mort, y compris d’un héros.

Je pourrais encore vous en parler sur 5 pages. Je vous ai parlé de la musique ? Haaaa, la musique. Elle m’a fait découvrir un compositeur de génie, Ramin Djawadi, que Hanz Zimmer considère comme son plus prodigieux élève, et qui a composé quelques-unes de mes musiques de film préférées. Vous aimez la musique de Game of Throne ou Iron Man ? C’est lui ! Et la musique, dans Person of Interest, est un personnage en soit. Parfois discrète, elle se fait oublier pour meubler l’intrigue, avant de se réveiller pour nous focaliser sur ce qui va arriver et nous guider dans la compréhension du récit, puisque chaque thème est la signature d’un protagoniste ou antagoniste, la Machine en premier lieu, bien sûr. Et, pour chaque saison, il a réécrit et remanié ces thèmes, pour les faire coller à l’évolution du récit.

11 minutes de bonheur musical, les différents thèmes de la Machine, saison 2 !

Mais il faut bien finir, alors, concluons : Person of Interest est une série qui réussit l’exploit que chaque saison est meilleure que la précédente, et apporte à chaque fois un climax toujours plus impressionnant et surprenant. Et qui a eu l’intelligence d’avoir dès le départ, merci Jonathan Nolan, prévu comment elle allait se finir. Ho, on sent que la dernière saison aurait pu durer quelques épisodes de plus, mais ça n’a rien de nécessaire : l’intrigue arrive à son dénouement, il n’y a ni besoin de suite, ni de spin-off, comme certains producteurs l’espéraient. Si vous voulez voir des héros de blockbuster vous faire rire et pleurer, si vous vous demandez comment une IA peut vous émouvoir aux larmes et comment une scène d’action dramatique et sérieuse peut vous faire pourtant hurler de rire, foncez. Et, oui, je sais, la première saison est parfois considérée un peu mou du genou pour démarrer. Mais votre effort sera amplement récompensé !

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