Les ressources, l’industrie et la consommation au 23ème siècle

Je suis très nulle pour me pencher sur l’économie. Ce n’est pas que j’y connais rien… mais presque. Vraiment pas assez pour me lancer dans une explication du système économique en 2202, en tout cas. Alors, contournons le problèmes, en expliquant comment la production et la consommation ont évolués pour s’adapter à un monde qui a quand même salement flirté avec l’épuisement et n’a vraiment pas envie d’y retourner. Cela permettra à mes petits copains ou à des curieux parmi vous, de me proposer comment, à partir de ces données, et si c’est utile, on peut causer de l’économie de Futur Immédiat.

Bilan de deux siècles de désastres

Le 23ème siècle porte les stigmates de l’épuisement des ressources du 20ème et 21ème siècle auquel s’est rajouté l’Impact et ses conséquences, puis l’emballement attendu de l’effet de serre et du réchauffement climatique. Pas loin de 40% des terres émergées sont arides, certaines sont devenus totalement invivables pour l’homme car les températures y dépassent les 50°C.  Tandis que les glaciers arctiques (sauf le Groenland mis à nu sur toute une moitié) recouvrent une vaste surface qui s’étend au-delà des limites polaires, la dilatation des océans et la fonte de la banquise antarctique a noyé les côtes en achevant de faire disparaitre les dernières grandes cités de l’ancienne humanité.

La température moyenne sur Terre est d’environ 17,5°C et les variations de températures sont nettement plus extrêmes, avec pour conséquence un accroissement des épisodes climatiques violents ; l’Europe de l’ouest connait autant de tornades que les grandes plaines américaines, qui sont désormais des déserts hostiles alors que, paradoxalement, la mousson est revenue sur une partie du Sahara et fait reverdir le désert de Nubie. Et ces exemples ne se limitent pas là : pour résumer, la nature fait payer chez à l’homme ses propres inconséquences passé et ce dernier a été un peu forcé de mettre en œuvre d’énormes moyens pour s’y adapter et tenter de remettre sa planète dans un état plus propice à sa propre survie.

Alors on serait tenté de penser qu’avec 3,2 milliards d’habitants, les choses se sont améliorés toutes seules. Mais c’est en fait un miroir déformant : l’Impact, la Guerre des Machines et les Mégatempètes de 2100 rendus des régions entières impropres à la vie humaine pour des siècles. Et on ne parle même pas de l’Abime qui lui-même fait presque la taille d’un sous-continent.

Sont perdus pour l’activité humaines, par inondation, désertification, pollution massive ou encore invasion de l’Hexenkunst pratiquement toute la côte Est de l’Amérique du Nord ainsi que ses grandes plaines, une partie de l’Amérique centrale et du Mexique, le Japon dans sa totalité, toutes les basses-terres côtières de la Chine mais aussi , la quasi-totalité du bassin amazonien, une zone morcelée en Europe qui s’étire de l’Italie au Danemark, des côtes inondables et des delta en masse en Afrique, dont le delta du Nil, mais aussi une partie de l’Afrique Subsaharienne, des surfaces gigantesques en Ukraine et en Fédération de Russie, la plupart des déserts d’Asie centrale, mais aussi une bonne partie de l’Australie. Sans oublier pratiquement tout le golfe persique et la méditerranée orientale qui ne sont plus qu’une vaste zone déserte, irradiée, ravagée et polluée. Paradoxalement les nouveaux déserts et zones arides sont souvent moins vastes et nombreux qu’attendus suite aux méfaits du réchauffement climatique : plus de 50% de la flore a muté suite à l’Hexenkunst et sa vitesse de propagation et de croissance freine, mais non sans conséquences, la désertification.

Le problème des ressources

Apparait enfin un problème hérité directement du 21ème siècle : l’épuisement des ressources industrielles. Quand même le cuivre était devenu une ressource rare, que l’accès à l’uranium et au thorium étaient problématique et que la moitié des terres rares indispensables à la technologie se trouvaient dans des régions invivables, il devint non seulement indispensable, mais qui plus est très rentable, d’une part, de recycler et économiser tout ce qui pouvait l’être, de l’autre de percer des kilomètres de glacier antarctique, d’installer des stations sous-marines permanentes à des profondeurs abyssales ou encore d’aller ouvrir des installations d’extraction robotisées sur les corps célestes voisins pour exploiter des ressources vitales. Cette politique perdura même après les révolutions du voyage spatiale, de l’impression nanotech (les forges) et de la pile Shipstone. Si la Nouvelle Humanité n’a plus vraiment de mal à produire tout ce qui lui est nécessaire, elle n’a pas encore atteint le stade d’une civilisation post-rareté. L’espace, qui peut lui fournir toutes les ressources industrielles dont elle a besoin, reste toujours un endroit dangereux et complexe pour toute forme d’exploitation.

Un monde d’industrie durable

L’homme du 23ème siècle vit dans un monde de consommation soutenable et plus dans une société de consommation productiviste. Entre progrès technologiques et nouveaux modes et cadres de vie, la consommation privilégie particulièrement les circuits courts, surtout dans le domaine agro-alimentaire. La versatilité d’emploi des forges a littéralement fait disparaitre une grande partie du trafic mondial de biens préfabriqués, au profit des matières premières, composants et pièces uniques. Le circuit de recyclage et de retraitement est une vaste branche professionnelle présente partout et particulièrement active et prospère. Enfin, le concept d’obsolescence programmée a été totalement oublié au profit de celui de service technique et maintenance : la plupart des fournisseurs de technologie fournissent tout un circuit de réparation et de maintenance, aidé en cela par l’usage des patterns de construction des forges et les très nombreux ateliers où se rendre localement pour faire réparer ses appareils défectueux ou usés. Quant à la nourriture, elle aussi échappe au productivisme, avec d’un côté des aliments de base artificiels issus de la production de protéines et glucides, évitant les désastres de l’élevage et de l’industrie céréalière, et de l’autre, une agriculture locale et de l’élevage soutenable

Ça veut dire quoi, dans les faits ? Ben, pour commencer, que la plupart des biens technologiques et mobiliers sont fait pour durer et surtout pour être réparables. Personne ne rachète une tablette ou un nano tous les trois ans, on ne change pas son Interface ou sa console SIRM à chaque anniversaire et une voiture, comme une cuisinière ont toutes les chances de durer deux générations. Cela veut aussi dire que le prix de tout bien durable est plus élevé ; il y a toujours des appareils et technologies jetables à bas prix, mais ils sont en matériaux recyclables ou biodégradables, et il vaut mieux ne pas trop compter sur leurs performances. Les textiles et surtout le prêt-à-porter ont vécu une sévère mutation : si la matière première transite toujours par le monde, la production est localisée, parfois même à la demande ! Les grandes sociétés textiles fournissent les patterns, les accessoires, et les vêtements sont confectionnés non loin des lieux de distribution par des forges. Le sur-mesure est un luxe très accessible, et la plupart des enseignes de vêtements et chaussures peuvent fournir un produit taillé à la demande dans un atelier au sein même du magasin. C’est, finalement dans tous les domaines de la production de bien, aussi, un retour aux artisans et ateliers locaux qui, pourvu qu’ils disposent de l’équipement nécessaire, peuvent concurrencer les grands distributeurs.

Concernant les déplacements, il est à noter que les réseaux ferroviaires, y compris locaux, se portent très bien au 23ème siècle, tout comme le tram et les transports en commun. Le fait est que pour les voitures, les mentalités ont beaucoup changé. Dans les régions urbaines et péri-urbaines, la plupart des véhicules de transport civils sont partagés ou mutualisés, c’est-à-dire qu’un immeuble, un lotissement, un quartier, ou toute une ville, dispose d’un parc automobile mis à disposition des mutualisés. L’habitant d’un petit immeuble paye dans son loyer le coût d’accès aux véhicules mis à disposition et dans ses impôts locaux l’accès aux véhicules de la ville. Il pourra rajouter à cela un abonnement pour un libre-service privé si cela ne lui suffit pas ou qu’il a besoin de s’assurer l’accès à des véhicules en dehors de sa zone d’habitation. Au final, si les taxis existent toujours, la doctrine « un conducteur, une voiture privée » a disparu, et rares dans les régions urbaines sont les gens à considérer utile d’avoir leur véhicule. Il s’agit plutôt d’un luxe ou d’un caprice, qui d’ailleurs s’avère onéreux, puisqu’une voiture est pensée pour durer, et que son usage à titre individuel sans avoir une bonne raison professionnelle est forcément taxé !

Et pour la bouffe ?

Pour tout ce qui concerne la consommation vitale (eau, nourriture, énergie), là encore, la mutation est profonde, mais on va surtout aborder le sujet de l’alimentation. Et, non, le monde ne s’est pas plus mis à manger végan que synthétique ; il a plutôt choisi une consommation raisonnée privilégiant les aliments artificiels pour les denrées essentielles et la production locale pour tout le reste. Derrière ce concept, il y a deux motivations : réduire les impacts industriels et environnementaux pour produire et acheminer des aliments et maximiser la distribution pour éliminer le gaspillage alimentaire.

L’homme du 23ème siècle tend à manger local et de saison quand il s’agit de produits frais, et a fait une croix sur une consommation excessive de viande. Les circuits longs sont un luxe et sont peu répandus : on produit localement et c’est un peu l’âge d’or pour les petites exploitations agricoles et les jardins potagers communautaires. Par contre, cette méthode ne suffit pas à nourrir le monde : c’est ainsi que la production de protéines sous forme d’aliments en conserve et artificiels est très développée. Plus des deux tiers des protéines animales et végétales consommées dans le monde le sont sous forme d’aliments reconstitués ou clonés, dont une bonne partie vient de l’agriculture sous-marine. Enfin, l’immense majorité des produits de la mer qui sont consommés provient d’élevages employant la même source protéinique : ces élevages sont d’ailleurs particulièrement performants en matière de recyclage et de traitement de la pollution. Manger de la viande fraiche tous les jours n’est plus dans les habitudes humaines et, par exemple, l’élevage bovin produit majoritairement des produits laitiers.

Avec tout cela, est-ce que la pollution, la surexploitation ou encore la soif ou la faim dans le monde ont disparus ? Malheureusement, non. Malgré un circuit de l’eau particulièrement efficace, des régions entières peuvent endurer des sécheresses de longue durée où l’apport suffisant d’eau, même désalinisée, est parfois difficile. Mais surtout, il y a des régions entières où le principal problème est tout bonnement la distribution : une bonne partie de la Terre reste ravagée et dans ces champs de ruines où vivent tant bien que mal des populations dénuées de tout le confort du 23ème siècle, l’acheminement et la distribution sont on ne peut plus problématiques. De plus, des régimes autoritaires et des Consortiums trouveront toujours plus d’intérêt à polluer pour produire que perdre de l’argent en contrôle écologique. On pourra seulement dire que tous ces problèmes sont en passe de disparaitre… mais qu’il faudra peut-être encore un siècle entier pour en être débarrassés.

 

Une pensée sur “Les ressources, l’industrie et la consommation au 23ème siècle

  • 1 décembre 2018 à 15 h 30 min
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    Au niveau économique, il y a pas mal d’idées qui pourraient être intéressantes à développer.

    Une « monnaie réputationnelle », comme le Whuffie inventé par Cory Doctorow; on pourrait aussi lui trouver un pendant négatif dans le « crédit social » à la chinoise. Une bonne réputation te permettrait d’avoir des avantages, la différence étant qu’avec la deuxième option, c’est une dictature qui décide ce qui donne une bonne réputation.

    Charles Stross, dans son roman « Neptune’s Brood », avait défini un système monétaire avec des « dollars lents », pour gérer l’économie dans un système interstellaire sans déplacement plus rapide que la lumière. On pourrait reprendre un truc similaire avec une monnaie globalisée, mais divisée en « monnaie locale », « monnaie régionale » et « monnaie mondiale » (voire « monnaie stellaire »). Ça pourrait donner quelque chose qui encourage l’achat local: si tu commandes loin de chez toi, tu dois payer en monnaie régionale ou mondiale, et ça coûte beaucoup plus cher.

    Après, si tu veux rajouter une couche de bordel, tu peux avoir des systèmes qui se font concurrence, des problèmes de compatibilité et, pour ajouter encore, des crypto-monnaies.

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