La Guerre ne meurt jamais, partie 1

Art by : Wayne Dalton,Senior Environment Artist, Vancouver, Canada

« Qui n’a pas éprouvé la guerre ne sait pas le prix de la paix. »

Proverbe Danois

Ce chapitre va aborder tout ce qui concerne la guerre dans le monde de Futur Immédiat. Pour la première partie ci-dessous : une histoire brève de la guerre, une description des armes modernes et des lois qui les concerne, les trafics d’armes qui se portent toujours bien, merci. Mais aussi, dans la seconde partie, les zones de conflit sur Terre et hors-sol, le mercenariat et les compagnies militaires privées et, enfin, les véhicules militaires. Le but est bien de brosser un descriptif complet de la violence et de la guerre au 23ème siècle, mais sans s’attarder sur les détails. On notera qu’on ne parle ni de guerre spatiale ni de StarForce et de la Guerre Éternelle qui feront l’objet de deux chapitres à part.

1- Un peu d’histoire

« Plus que tout autre attribut, ce qui caractérise l’espèce humaine, c’est sa propension à privilégier la guerre tout en souhaitant la paix. »

Proverbe d’IA

La troisième bombe atomique employée à dessein dans un contexte de guerre ne le fut qu’en 2077, 132 ans après Nagasaki. Cependant, ce ne fut pas par sagesse ou compassion que l’humanité hésita à s’atomiser pour la troisième fois depuis 1945. Au moment de l’Impact, en 2032, au moins huit nations étaient sur le point, sans trop hésiter à ce stade, de déchaîner leur arsenal. Si l’immense majorité de ces armes furent neutralisées par les effets du bref rayon de sursaut gamma dans la haute atmosphère, il y eut, en quelques secondes, plusieurs centaines de Flèches Brisées, le nom de code donné à des armes nucléaires perdues ou hors de contrôle. Quelques dizaines d’entre elles volèrent vers leur cible et explosèrent en dévastant et irradiant des villes et des régions entières, dans la presque totale indifférence d’une humanité en cours d’agonie et déjà en plein cauchemar.

Ceci étant dit, des milliers d’ogives de toute puissance et parfois des réserves de lanceurs entiers finirent intacts, prêts à être remis en état par le premier qui les trouverait. L’usage qu’en fit l’armée de l’Alasil, puis l’alliance des nations renaissantes tentant de les arrêter et, enfin, l’IA ZX1 qui oblitéra, au sens premier du terme, toute trace de l’Alasil et de ses fondations, les religions chrétiennes, musulmanes et juives et tous leurs symboles, furent le choc qui mit fin pour longtemps à l’escalade des armements atomiques.

Les Flèches Brisées devinrent l’obsession de l’UNE et de ses premières nations, qui s’échinèrent à trouver et démanteler tous les arsenaux qu’ils pouvaient atteindre. Il fallut attendre la Guerre Éternelle et les conflits spatiaux contre les Hengeyokaï pour qu’on se remette à fabriquer des armes nucléaires en série. Cependant, nombre d’états, des plus légitimes aux plus douteux, furent soupçonnés mettre la main plus ou moins secrètement sur des Flèches Brisées. La chasse aux ogives perdues se poursuit encore en 2202, et l’UNE estime que, sur les 3 400 bombes que devaient constituer les arsenaux d’avant l’Impact, il en manque encore au moins 250, dont elle ignore plus ou moins le sort.

Même si la bombe thermonucléaire reste, à l’exception de la bombe Stat, l’arme la plus puissante de l’arsenal humain, la Nouvelle Humanité, malgré trois conflits majeurs sur Terre, ne l’a plus jamais employée sur le sol de sa planète. Par contre, dans les batailles spatiales contre les Hengeyokaï, c’est une autre histoire et, là, on ne parle pas d’ogive de 5 ou 10 mégatonnes, mais de charges de 200, 500 voire 1 000 Mt. Armes chimiques et biologiques ont, elles aussi, été abandonnées dès le 21ème siècle. On pourrait donc penser que la Nouvelle Humanité se bat de manière conventionnelle, mais la réalité est quelque peu différente.

La robotique a envahi les zones de conflit dès la Première Guerre des Machines, en 2061, avec les premières IA autonomes et les drones d’assaut et de transport. Mais elle était limitée par les liaisons à ondes radio courtes et une énergie à l’accès difficile, jusqu’au 22ème siècle, avec l’arrivée des IA T5 et plus, de la nanotechnologie, du graphane et des piles Shipstone. Les drones sont devenus toujours plus versatiles, intelligents et puissants, les alliages et les supraconducteurs ont permis les armes thermiques et les canons magnétiques. Les blindages et les exosquelettes ont donné naissance aux armures assistées Personal Battle Suits et Military Battle Suits. Et les technologies MHD et antimasse ont autant révolutionné les combats et transports aériens que les systèmes de défense et les boucliers véhiculaires.

La guerre a changé de sens, d’esprit, de méthode, et même de soldats. Les unités militaires sont le plus souvent multifonctions et peuvent se déplacer sur terre, sur mer, dans les airs. Les champs de bataille sont devenus des zones de conflits locaux, aux combats brefs et violents, aux frontières floues et aux contours informes où s’affrontent fantassins mécanisés en armure, robots de combat et cyborgs mercenaires dans des guerres hybrides mêlant guerre conventionnelle de mouvement, cyberguerre, opérations de sécurisation et tactiques de combat asymétrique, avec des conséquences parfois désastreuses pour les populations civiles et les structures de services et d’industrie.

Dans cette escalade de technologie de pointe, c’est le plus souvent le mieux équipé qui l’emporte, surtout face à des combattants ne disposant pas d’appui robotique. Mais le prix est lourd ; mieux les soldats sont protégés et armés, plus grands sont les dommages collatéraux et, au final, ce sont les civils pris entre deux feux qui représentent la très grande majorité des victimes.

La bombe Stat

On en parle souvent et l’on y reviendra, donc autant expliquer ce qu’est la bombe Stat. De son nom complet : bombe à expansion de champ statique, elle exploite la même technologie que celle des champs statiques hérités de l’effet Shackton-Ishiro, dont est dérivée l’antimasse. Au lieu d’avoir un champ statique stable généré par une structure fixe, la bombe Stat est en quelque sorte un super-générateur de champ en expansion, couplé à une énorme pile Shipstone et des hypercondensateurs, le tout dans une coque isolante.

Un champ statique, c’est une zone d’antimasse où toute vélocité est instantanément réduite à 3,25 mètres par seconde, que ce soit celle d’une particule ou d’un météore. La vélocité dissipée par le champ est transformée en chaleur et lumière à la surface du champ. On se sert principalement de cette technologie pour créer des boucliers capables d’endurer les plus prodigieux chocs. À l’intérieur d’un champ statique, tout ce qui est vivant meurt instantanément, d’abord cuit par la dissipation d’énergie, puis gelé et littéralement éteint par l’effet du champ.

Dans une Bombe Stat, le champ est une sphère en expansion rapide. Les étranges lois de la physique de l’antimasse font que le champ n’a pas de vélocité propre. Mais toute particule, y compris la matière en apparence inerte, qu’il rencontre dans son expansion en a une, qui est dissipée à l’extérieur du champ, provoquant un dégagement d’énergie largement supérieur à ce qu’une arme thermonucléaire peut produire, à masse égale, mais avec un faible dégagement de rayonnements ionisants et aucune retombée radioactive.

En une seconde, une bombe Stat de 200 kg atteint son expansion de 200 mètres de rayon, créant un souffle brûlant et une onde de choc qui courent sur deux kilomètres de rayon en une tempête de feu à la température infernale, dont la puissance éparpille même les plus solides bunkers comme des brindilles. À l’intérieur du cercle d’expansion, il ne reste qu’un cratère de magma instantanément solidifié et gelé. Le souffle d’une bombe Stat de 200 kg ravage à peu près tout sur 5 kilomètres de rayon.

Il s’agit de l’arme la plus puissante jamais conçue par l’humanité et l’une des plus effrayantes ; strictement rien ne peut y résister, l’arme est, malgré la complexité et le coût élevé de ses composants, relativement simple à fabriquer et finalement aisément disponible. Elle est très difficile à tracer et, enfin, elle est de taille relativement réduite puisqu’on peut faire des bombes Stats d’une cinquantaine de kilos. On ne peut cependant dépasser une tonne : les hypercondensateurs ne sont plus en mesure de suivre au-delà de cette masse.

2- Lois & trafics des armements

« Tout le monde porte des armes, mais les griffes ne font pas les lions. »

Proverbe Éthiopien

Sans surprise et bien que plusieurs nations et états plus ou moins légitimes en possèdent selon toute vraisemblance, la fabrication et la détention d’armement nucléaire sont totalement interdites. C’est non seulement une des conditions premières pour entrer à l’UNE, mais aussi une loi internationale qu’ont paraphée des nations non membres de l’UNE. La seule exception date de 2170 et concerne l’armement stratégique spatiale de StarForce. Ce dernier dispose des structures hors-sol pour fabriquer des armes nucléaires et des engins lanceurs, mais leur usage est strictement encadré et limité aux zones de conflit contre les Hengeyokaï.

À ce propos, on peut se demander quelle solution de dernier recours a remplacé la bombe nucléaire pour éradiquer une zone dans un but sécuritaire ou prophylactique. Eh bien, jusque dans les années 2150, il s’agissait principalement de la bombe Hits, ou bombe à surpression thermobarique, remplacée depuis par la bombe Stat, encore plus sévèrement prohibée que la bombe atomique, mais malheureusement nettement plus aisée à produire et dissimuler.

2-1 Les interdictions

Pour les mêmes raisons et dans le même objectif que pour les armes nucléaires, les armes et agents chimiques et bactériologiques sont eux aussi proscrits par des traités internationaux ; un interdit remarquablement respecté et très rarement violé : l’idée de polluer encore plus un monde qui a déjà été ravagé par ces technologies semble avoir de réels effets sur les scrupules des pires belligérants. De nouveaux traités, datant de la fin du 21ème siècle et d’autres, signés dans le courant du 22ème, interdisent ou réglementent les nouvelles technologies d’armement.

Du côté des interdits, c’est principalement la nanotechnologie et la micro-robotique qui sont concernées. On ne lâche sous aucun prétexte de nanites (robots nano-technologiques) dans la nature, et surtout pas sur un champ de bataille ; cela a été fait pendant la Guerre du Brésil, puis plusieurs autres fois jusqu’après les années 2100 et les conséquences ont été particulièrement incontrôlables. Quant aux drones et missiles autoguidés, ils peuvent être réduits à une taille minuscule, avec des capteurs efficaces et des propulseurs puissants, ce qui a donné des idées d’essaim de micro-drones assassins, désormais totalement interdits. Les robots de combat ne sont pas concernés par ces interdits, même s’ils sont, après tout, de gros drones commandés à distance.

Enfin, reste le cas des armements basés sur la distorsion spatio-temporelle, plus particulièrement l’antimasse. Dans tous les cas, les recherches technologies exploitant la distorsion spatio-temporelle pour produire des armements sont prohibées. Le cas de la bombe Stat est emblématique : l’utilisation de cette arme sur un théâtre opérationnel est interdite. Elle ne peut être déployée qu’en dernier recours devant un type de menace chimique, bactériologique ou paranormale qui exige d’être endiguée de toute urgence. En théorie, la fabrication de cette arme est très sévèrement réglementée et limitée ; mais il s’avère que même si elle est très coûteuse et demande des moyens rares et spécifiques, comme les hypercondensateurs, elle est finalement aisée à produire. Comme elle n’inclue aucun radioélément et que la plupart de ses composants sont communs avec les systèmes de champs statiques, il est difficile de tracer sa fabrication.

2-2 Les réglementations

On peut résumer la réglementation générale sur les armes, car elles sont officiellement réglementées du point de vue de l’UNE, selon deux normes : les réglementations suivies scrupuleusement et celles nettement plus accommodantes. Un bon exemple en est celui des armes thermiques. Ces armes personnelles étaient censées être d’usage strictement militaire ; mais très vite, unités d’intervention puis diverses polices s’en sont équipés, au même rythme que les cartels criminels les mieux équipés et les thermiques sont désormais en passe de devenir la norme des armes de poing et d’épaule.

On distingue, du point de vue de la réglementation, quatre catégories d’armes :

  • Libre circulation : les armes de contact, les armes non létales et les armes de collection neutralisées ; les armes de paintball et à air comprimé
  • Usage restreint : les armes à rechargement manuel ou semi-automatique, de poing de calibre 10mm max ou d’épaule 20mm max, thermiques compris ; les gongs, arcs et arbalètes ; les PBS non armés.
  • Usage de sécurité : les armes de poing ou d’épaule automatiques ou semi-automatiques à calibre de guerre ; les drones de sécurité et de combat, les armes magnétiques & les masers.
  • Usage militaire : les armes de poing et d’épaule automatiques à grande capacité, les armes de PBS, les armes explosives de tout type, les armes guidées et autoguidées ; les micro-armes & armes dissimulées.

Comme nous l’expliquons plus haut, toutes les armes de destruction massive, un terme qui n’est plus employé et n’a guère de sens au 23ème siècle n’ont pas de catégorie. Elles sont interdites, point, sauf dans des circonstances bien précises. Bien entendu, et nous en parlerons plus bas, ce qui est interdit n’est pas impossible à trouver ; c’est juste alors plus cher de se le procurer et plus dangereux de le détenir, encore plus d’en user.

Catégorie 1

Là, c’est très simple : tout le monde peut en obtenir et en détenir, en général sans vérification d’identité. Certaines nations qui n’aiment vraiment pas les armes exigent un enregistrement : l’acheteur dépose son identité au lieu d’achat, qui se charge de faire remonter les fichiers de ses clients et les identités des armes vendues aux autorités de police. Mais en gros, acheter un taser, un poignard, ou un fusil à air comprimé ne pose aucun souci particulier.

Catégorie 2

Ici, les réglementations sont plus strictes. La catégorie 2 englobe aussi bien les armes de chasse et de sport que les armes de poing des forces de police ou de sécurité. Un enregistrement est toujours demandé, dans les nations les plus laxistes. Dans la majorité des cas, l’acheteur doit avoir un casier judiciaire sans condamnation criminelle et obtenir un permis de port d’arme, qui inclut un examen psychologique et une formation à la sécurité de tir. Dans les nations les plus chatouilleuses, surtout en ce qui concerne les thermiques, ce permis ne peut, qui plus est, être obtenu qu’en fournissant la preuve qu’on exerce une fonction nécessitant la détention et le port d’armes (forces de sécurité, police, secours et autres professions à risque).

Catégorie 3

Toutes les armes de cette catégorie sont réservées à l’usage de forces de sécurité ou d’intervention (privée, de police ou militaires) ou aux forces armées. Autant dire que le quidam de base ne peut les acheter sans avoir de sacrés justificatifs. Non, être mercenaire ne suffit pas comme bon justificatif. Il faut faire au moins partie d’une entreprise dûment autorisée par l’état concerné pour les acquérir et, même ainsi, ce n’est pas si facile. En théorie, on ne vendra jamais ce genre d’armes à un individu ayant un casier judiciaire criminel ; mais les entreprises qui les achètent et les confient à leur personnel de sécurité ne sont pas forcément si regardantes.

Catégorie 4

L’ensemble de ces armes n’est censé être l’apanage que des forces armées et tout particulier en possédant est bon pour une accusation de crime. Il n’y a pas de permis pour ce genre de matériel : les explosifs ne sont accordés qu’avec des permis d’entreprise à usage industriel ou de construction, les armes guidées pour la sécurisation d’un lieu ne sont, elles aussi, accessibles sur permis spécial, que pour les entreprises, pareillement pour les lance-flammes et le reste est prohibé, sauf dans un cadre strictement militaire.

2-3 La disponibilité & le trafic des armes

Retournons faire un petit peu d’histoire. Au cours du premier tiers du 21ème siècle, c’est-à-dire avant l’Impact, la fabrication, la vente et la détention d’armes personnelles dans le monde ont battu tous les records. Tandis que les grandes nations fourbissaient leurs armées et leurs têtes nucléaires, les effets des guerres climatiques et des gigantesques déplacements de réfugiés enrichissaient les marchands d’armes, qu’ils soient légaux ou non. Finalement, pour 8,6 milliards d’habitants en 2033, on a estimé le nombre d’armes personnelles à un peu plus de 5 milliards en tenant compte des arsenaux militaires. Et, non, personne n’a compté combien de munitions.

Ces stocks d’armes, restés plus ou moins en l’état après l’Impact, firent la joie et la survie de nombre de communautés isolées durant la Fin des Temps, puis furent retrouvés et récupérés dès les années 2060 par les premiers groupuscules organisés et les premiers embryons de nations. Le reste du 21ème siècle, avec les deux Guerres des Machines, la Guerre Civile américaine, celle de l’Empire de Chine, la réunification de l’UNE, la Guerre de l’Amazonie et les conflits climatiques de la Mégatempête, acheva d’éparpiller ces armes entre les mains des particuliers. Ce n’est vraiment qu’à partir de 2120 que l’humanité commencera à croire qu’elle peut s’en sortir et donc, peut-être, se passer d’armes.

Ceci dit, les armes en question, du 20ème et du 21ème siècle, elles n’ont pas encore disparu au 23ème siècle. D’abord parce qu’on a continué à s’en servir et produire des munitions adaptées, ensuite parce qu’on en a fabriqué beaucoup d’autres depuis. Enfin, parce que nombre des stocks d’armes anciens se trouvent dans les Zones d’Exclusion, c’est-à-dire le plus souvent dans les mains des gens qui y vivent et ont depuis appris à les entretenir, les fabriquer et les doter de minutions !

Enfin, au 22ème siècle, les conséquences de l’Hexenkunst ont bien mieux armé les populations que toutes les guerres et les bouleversements politiques. L’apparition des cryptides, le degré de dangerosité des milieux ruraux et sauvages, le risque avéré de se retrouver nez à nez avec de véritables monstres, en chair et en os, n’a guère plaidé, en général, pour un désarmement des particuliers.

Ainsi, au 23ème siècle et malgré tous les efforts de l’UNE, il y a deux métiers qui se portent fort bien : le mercenariat et le trafic d’armes. Les stocks sont là, la production d’armes modernes est assurée et il est relativement aisé de trouver une arme de guerre personnelle de manière illégale. Un vieux fusil d’assaut et quelques chargeurs se négocient, dans la plupart des cas, à quelques centaines de C. Bien entendu, les lois sur la détention de ces armes sont sévères et le travail de police pour en contrôler le trafic particulièrement intense. Dans ce domaine, l’UNADP est remarquablement active ; mais elle a conscience, comme les forces de polices nationales, qu’il s’agit d’une lutte sans fin. Les trafiquants les plus virulents se cachent dans les régions de non-droit comme les frontières des Zones d’Exclusion, où ils cachent leurs stocks, et le transport illégal d’armes possède ses propres réseaux très bien organisés.

Dans ce domaine, l’implantation de puces de suivi à distance dans les armes modernes et les chargeurs de munitions, une pratique de plus en plus répandue, si elle rend la tâche des trafiquants plus malaisée, ne les contrecarre que très moyennement. La seule véritable réussite est dans le contrôle strict des armes dans les milieux urbains : en plus de législations appliquées avec sévérité, la plupart des villes ont d’importants dispositifs de contrôle rendant le transport d’arme illégale très compliqué, ce qui a l’avantage de fortement baisser les tueries et fusillades urbaines.

Mais pour les cartels criminels, les bandes organisées, les groupes de guérilla et les unités paramilitaires, s’armer n’est pas réellement un souci et les efforts pour les contrer tout au plus un contretemps, dans une lutte sans fin entre trafiquants, détenteurs et forces de police.

3- Les armes du 23ème siècle

« Si tu vas chasser le lièvre, aie aussi la prudence de prendre l’arme qui tue le tigre. »

Proverbe Indoue.

Bon, sans surprise, il y a beaucoup de nouveaux armements au 23ème siècle. Nous allons passer en revue les plus marquants, qu’il s’agisse d’armes personnelles, de machines de guerre ou d’armes militaires. On ne va pas s’attarder sur les prototypes et les armes expérimentales ou spéciales, comme les soniques ou les phasers, tout simplement parce que les croiser tient plus de la rencontre de haute technologie que de la fusillade du samedi soir et que dans la plupart des cas il s’agit d’armes d’artillerie.

Les armes personnelles

Les armements portables, qui sont prévus comme armes de poing ou d’épaule ou leurs équivalents.

Les armes à feu

Même si c’est considéré comme archaïque au 23ème siècle, il y en a toujours beaucoup, y compris des modèles relativement récents : on en fabriquait encore en série à usage militaire dans les années 2160 et la production pour la chasse et le sport se poursuit encore. La grande différence avec nos armes à feu, c’est que seules les antiquités emploient encore des munitions à douille. La plupart des armes à feu personnelles du 21ème et 22ème siècle emploient des munitions sans étui, plus économiques et bien sûr plus légères et petites. Seules les armes à gros calibre, mitrailleuses lourdes et autres armes anti-véhiculaires emploient encore des douilles. Le gros défaut de toutes ces armes au 23ème siècle ? Leur capacité de pénétration. Les protections et les blindages ont évolué ; un treillage Aegis de gilet pare-balle arrête du 10mm en secouant à peine son porteur et les munitions d’arme à feu, sauf les plus gros calibres antivéhiculaires, ne percent pas un blindage de PBS.

Les thermiques

Les thermiques sont des armes employant une technologie hybride de magnétisme et de propulsion explosive classique. Ce qui change beaucoup par rapport à des armes à feu, ce sont les munitions : les balles, des alliages chimiques d’acier et de graphane, entrent en combustion en quelques nanosecondes à la sortie du canon pour devenir un plasma à très haute température, capable de percer la plupart des blindages. Contrairement à ce que croit la rumeur publique, mal informée, les thermiques ne font pas vraiment plus de dégâts que les armes à feu. La grande différence est qu’ils peuvent percer la plupart des protections pare-balles, blindages et armures, c’est-à-dire l’équipement standard que portent nombre d’unité d’intervention ou de combat, y compris les bandes armées les mieux organisées. Bon, les thermiques ont quelques défauts : ils peuvent aisément bouter le feu dans une zone de tir et dans certains cas, si l’arme est atteinte par un fort choc ou une forte source de chaleur, les munitions explosent avec brutalité. Enfin, les thermiques ne sont vraiment pas efficaces sous l’eau.

Les armes magnétiques (les mags)

Principalement destinés aux fusils de précision à longue portée et anti-véhiculaires, les mags sont peu répandus hors de domaines spécialisés militaires et de sécurité, chez les tireurs d’élite principalement et les forces d’intervention. Les armes magnétiques emploient des munitions sans douille, propulsées par un canon à répulsion magnétique linéaire, qu’on appelle l’effet Gauss. Le projectile d’un mag file à de telles vitesses qu’il est inutile qu’il soit explosif, blindé ou thermique, pour traverser des blindages ou même des épaisseurs de mur de béton. Les mags n’ont qu’un très faible recul et donc une précision remarquable, vu leur puissance. Il existe aussi des mags au format arme de poing, qui sont plus des caprices anecdotiques que des armes d’usage efficaces. Ceci dit, cela reste des mags, capables de traverser une voiture de part en part, et le mur de brique derrière. Cependant, le mag, quel qu’il soit, a quelques défauts, dont le principal est sa consommation énergétique qui limite aussi bien sa cadence que sa capacité de tir. De plus, les mags sont fragiles, exigeants en entretien et particulièrement bruyants à cause de la vélocité de sortie de la balle du canon.

Les tasers

Les tasers sont des armes paralysantes non létales. Une brève impulsion électrique dont la longueur d’onde est prévue pour parasiter l’activité cérébrale humaine, et donc provoquer une paralysie de la cible, suit le tir d’un laser, en courant sur la trajectoire de ce dernier pour atteindre sa cible. En théorie, cela arrête n’importe qui efficacement et, toujours en théorie, sans aucun risque létal. Il existe des tas de modèles, du petit bidule de poche à deux tirs qui porte à trois mètres jusqu’au semi-automatique antiémeute à cinquante coups, capable de délivrer ses décharges à 30 mètres.  Évidemment, ce dernier n’est pas en vente libre. Le défaut du taser est qu’il fonctionne bien sur des humains moyens. Il s’avère beaucoup plus aléatoire sur des individus améliorés, y compris des shangtis et encore plus incertain sur des bioides et des cyborgs. Et sur les Hexens, il est réputé avoir un taux d’accidents graves ou mortels nettement remarquable. Bref, c’est une bonne arme de défense simple et efficace, mais elle n’est parfois pas si fiable que cela.

Les gongs

Autre arme de défense en théorie non létale, elle reste tout de même une arme de catégorie 2, car un gong peut tuer. Il suffit pour cela de s’acharner un peu ou de viser la tête de trop près. Un gong est une arme basée sur la technologie du rayon maser : il délivre une puissante impulsion dirigée de micro-ondes qui génère une onde de choc dans l’air. Le coup frappe sa cible avec la force d’un taureau en furie. L’onde de choc est assez vaste pour être répartie sur tout le corps, elle peut même toucher deux cibles et elle parvient à renverser sans mal les plus solides colosses et assommer n’importe qui. Mais inutile de dire ce qui se passe si on tire à la tête à bout touchant.

Les masers

Les masers sont des fusils lasers à micro-onde de haute fréquence, dont le principal intérêt est de décharger une puissante impulsion électromagnétique à l’impact. Le maser peut blesser ou tuer, comme un laser, mais sa portée effective est plutôt réduite. Par contre, l’impulsion électromagnétique est ravageuse pour les systèmes électroniques. C’est donc une arme très efficace contre les drones, les armures alimentées et les robots. Elle l’est un peu moins contre les cyborgs dont les systèmes vitaux sont principalement biotechnologiques. Les principaux défauts du maser sont sa consommation énergétique qui limite sa capacité de tir, son encombrement (l’arme et ses piles pèsent très lourd), son manque d’efficacité quand il traverse un nuage de particules (brouillard, nuage chimique, poussière), sa disponibilité et sa fragilité (c’est une arme militaire très chère et d’une maintenance compliquée) mais surtout sa portée, limitée pour les meilleurs fusils de ce type à 50 mètres.

Les lasers

Les lasers de poing ou d’épaule n’ont pas une grande cote auprès des tireurs, pour plein de raisons aussi farfelues que très cohérentes. Le fait qu’un tir de laser n’a aucun recul, ne produit aucun son et, pire, ne fait aucune lumière ou rayon, l’impulsion de tir étant trop brève et rapide (sic) pour être aperçue, fâche le passionné de tir sportif qui aime les armes qui font du bruit, du recul et crachent le feu par leur canon. Les autres raisons plus concrètes de ne pas aimer les lasers, c’est que si ces derniers sont remarquablement précis et sont très efficaces pour percer protections et blindages, ils n’ont aucun pouvoir d’arrêt, c’est-à-dire la capacité d’une arme à neutraliser ou arrêter un adversaire à cause de l’impact qu’elle produit. De plus, les lasers sont, comme les masers, très sensibles à la dispersion : des aérosols dans l’atmosphère dévient ou dispersent le rayon et peuvent le rendre inefficace. Enfin, leur consommation énergétique limite fortement leur capacité de tir. Par contre, l’absence de bruit, de lumière et de recul fait tout l’intérêt de cette arme, privilégiée chez les tireurs d’élite des unités d’intervention ou pour des opérations exigeant une totale discrétion. Ce sont des armes d’assassinat particulièrement efficaces.

Les guêpes

Les guêpes sont un système d’armement de poing et d’épaule avec des munitions autoguidées, aussi surnommées les micro-missiles. Il s’agit d’un procédé exploitant les capacités informatiques d’acquisition de cible et de reconnaissance faciale et de silhouettes, des drones de reconnaissance, les affichages tête-haute et les Interfaces, pour permettre d’atteindre des cibles prédéterminées sans risque de dommages collatéraux. L’idée est très simple : les cibles sont reconnues par le système de traitement d’une IA, via des caméras portées par les tireurs ou par des drones et leur position et leur mouvement sont envoyés à la puce de contrôle de la munition-guêpe, une balle autoguidée. Quand le tireur fait feu, la balle est orientée vers la cible, tant que celle-ci est à portée des capteurs (drones, caméra) qui la suivent. Si la cible a été perdue de vue, la balle file à la dernière position connue. Les munitions guêpe exigent des armes adaptées disposant du système de contrôle et, bien sûr, des capteurs d’acquisition de cible. Et cela reste de simples balles. Elles ne peuvent pas virevolter, faire demi-tour ou slalomer pour retrouver leur cible disparue. Mais tant que la cible est suivie par les capteurs et se trouve dans l’angle de trajectoire de la guêpe, on est pratiquement assurée qu’elle se prendra la munition dans le buffet. Bien entendu, les guêpes sont des dispositifs en théorie exclusivement réservés à des unités d’intervention de police ou militaire.

Les explosifs

Un petit mot sur les explosifs qui, comme on s’en doute, sont en général classés en catégorie 4, sauf pour les feux d’artifice, la poudre noire et les autres composés de tir sportif et de loisirs.

Le C4 n’existe plus, remplacé par le gamma-héxatétryl, qu’on nomme le H4. En général, cependant tout le monde parle de plastic. Comme le C4, c’est un explosif secondaire, qui nécessite un détonateur fait d’un explosif primaire pour détoner. Ce qui rend le H4 très sûr ; vous pouvez lui tirer dessus, il n’explosera pas, vous pouvez le jeter au feu, il brûlera lentement sans fumées toxiques.  Et il ne s’abîme pas, ni sous l’eau ni sous des contraintes de pression ou de température. Le H4 est malléable comme de la pâte à modeler et seule son odeur (il sent le pétrole de près) le trahit. Le H4 a une puissance, à quantité égale, équivalente à 130 % d’un bâton de dynamite.

Le cordon détonant composé de PETN a été amélioré. Son usage est surtout la démolition et le travail minier, grâce à la synchronisation efficace et fiable des charges explosives. Il est aussi utile pour des démolitions précises, comme une serrure ou une porte. Il est aussi très prisé pour des effets pyrotechniques, car il n’est réellement dangereux qu’en quantité et peut être dosé correctement sans connaissances en explosifs précises.

En industrie, on a délaissé la TNT pour les gels explosifs d’ammonium et nitrométhane. Leur stockage et leur conservation sont autrement facilités et, en plus, ils sont moins toxiques, pour une capacité explosive légèrement supérieure à la TNT.

Quant à l’explosif conventionnel le plus puissant du 23ème siècle, particulièrement réglementé et limité au seul secteur militaire, il s’agit du KLX, un explosif secondaire sous forme cristalline, sans goût ni odeur, qui reste totalement inerte à la pression, au feu et aux températures. Il lui faut un détonateur pour détonner. Sa force explosive est assez impensable : un cristal de 20gr de KLX équivaut à un kilo de TNT. Le KLX a un seul défaut : il coûte vraiment très cher à fabriquer et ne peut être synthétisé qu’en microgravité.

Les protections et armures de combat

Une rapide description des moyens de protection individuels du 23ème siècle.

Le revêtement Aegis

Les revêtements Aegis (du nom de la marque du consortium Taranis qui les a popularisés) sont des treillages fins de nano-fibres de graphane qui, traités en couches, sont capables de dissiper l’impact de la plupart des projectiles. Les gilets pare-balles épais sont assez solides pour que le porteur soit seulement secoué par un tir de gros calibre et les étoffes les plus fines peuvent sauver une vie, tout en n’étant pas plus encombrantes qu’un costume sur mesure. Cependant, devant des lasers, des thermiques et des mags, le revêtement Aegis a ses limites.

Les armures d’intervention

Vous prenez l’idée d’une tenue de protection intégrale, disposant d’un exosquelette pour supporter son poids sans être ralenti, avec des couches de revêtement Aegis, des plaques blindées de graphane et une couche réflective de surface en céramique et vous avez une armure d’intervention typique. Il faut de gros calibres et des munitions à forte pénétration pour arrêter un homme ainsi protégé. Même un coup de fusil cal. 12 à bout portant ne sera pas suffisant. Les armures d’intervention sont relativement répandues dans les forces de sécurité et de polices bien dotées et on les retrouve jusque dans l’équipement des unités mercenaires les plus aisés.

Les Personal Battle Suits

Une Personal Battle Suit (ou PBS), c’est une armure robotique avec un pilote dedans. D’abord d’usage militaire sur les théâtres d’opérations terriens, comme arme d’assaut et protection dans les Zones d’Exclusion, StarForce les a plébiscitées dans sa lutte contre les Hengeyokaï, avant d’être adoptées par les forces d’intervention de police des unités de type ESWAT partout dans le monde, jusqu’à en produire des formes civiles, employé pour des sports de course et de combat. Les plus petites ont une forme très humanoïde (pensez aux Spartans d’Halo) et mesurent 2 m à 2,20 m de haut, les plus imposantes ont des allures de landmates du manga Appleseed et peuvent dépasser les 3,50 m de haut. Les PBS sont des armures d’assaut étanches et blindées, décuplant la force de leur pilote, qui agit en bougeant ses membres à l’intérieur de l’engin. Ils sont munis de mains de grande précision capable de manier des outils, des mitrailleuses et des canons adaptés à leur taille. Leur poids est compensé par des générateurs antimasse et certains modèles disposent même d’ailerons et de système de vol par hélices ou réacteur, qui leur permettent aussi de faire du vol stationnaire. Bien sûr les PBS sont tous équipés de senseurs, de caméras, de systèmes médicaux d’urgence, d’une IA assistante de pilotage et de moyens de communication perfectionnés. Ils sont cependant très rarement pourvus d’armes embarquées : leur aisance d’action et leur forme humanoïde permets de facilement manier des armes adaptées, en fonction des missions. Une PBS coûte cher et exige des permis et une formation exigeante à leur pilotage, mais n’est étrangement, classée qu’arme de catégorie 2 si elle n’est pas armée (sinon, c’est une arme de catégorie 4) et sinon, traitée comme un véhicule exotique.

 

 

Une réflexion sur “La Guerre ne meurt jamais, partie 1

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