L’Impact & la Fin des Temps

Je pense que pour les quelques curieux qui désormais nous suivent – j’ose pas dire fans, ou alors vous me faites peur ! – le sujet de background qui vous titille le plus, ce seront les Twilight Zones. Mais voilà, le truc, c’est qu’on ne peut pas aborder ce pavé, comme beaucoup d’autres, sans vous parler de comment tout a commencé. Le monde de Futur Immédiat et sa Nouvelle Humanité commence par trois événements fondateurs consécutifs…. voici le premier, raconté par Zoé Aquilonian,

2020-2032

Depuis le début du 21ème siècle, deux dangers convergents et anthropiques menaçaient la structure de la civilisation humaine ; l’altération climatique engendrée par l’exploitation toujours plus effrénée des énergies fossiles et le déséquilibre sociale d’une inégalité de la répartition des richesses économiques croissantes. Cette inégalité, produisant un gigantesque gâchis de ressources naturelles souvent non renouvelables, associée à des crises alimentaires et des instabilités climatiques toujours plus coûteuses réactivèrent le réflexe réactionnaire et protectionniste inhérent à la mécanique sociopolitique humaine.

La course aux énergies fossiles et à leur remplacement par des sources d’énergie renouvelables se heurta à un mur infranchissable à partir de 2024. L’épuisement des matières premières nécessaire au développement technologique, jusqu’ici traitées sans aucune considération d’économie ou de recyclage, amena à un processus inexorable d’effondrement. Paradoxalement, il eut des conséquences importantes : la technologie de la filière thorium connut un essor sans précédent pour tenter de compenser l’absence de pétrole et de solution alternative viable, tandis qu’un état d’insécurité croissant participa au développement accéléré de systèmes de robotique de défense, contrôlés à distance par des systèmes experts toujours plus pointus et autonomes. Ainsi s’accéléra la recherche et le déploiement des ancêtres des IA. Enfin, et paradoxalement, partout dans le monde, des réactions d’indépendance technologiques et énergétiques débouchèrent sur des innovations des systèmes domestiques ou de petite communautés, résilients et autosuffisants. Mais tous ces progrès, comme les espoirs qu’ils portaient, arrivaient bien trop tard.

En 2032, année de la pire série de sécheresses et d’inondations qu’ait connu la Terre depuis l’apparition de l’étude du climat, battant cette année-là un funeste record de morts directement imputables au dérèglement climatique et causant des pertes en milliers de milliards de dollars, un effondrement boursier accentua au dernier degré les tensions internationales. Ce fut, ni plus ni moins, qu’une guerre de remboursement de dettes d’état, aussi improbable et inextricable que la quadrature du cercle. Alors que l’humanité célébrait le départ du Darwin, premier voyage habité vers Mars, elle s’enfonça en moins de quatre mois dans une escalade militaire entre USA, Russie, Inde, Pakistan, Iran, Europe de l’Ouest, Japon et Corée du Nord. Une quasi-guerre qui ne semblait freiné que par une crainte universelle de destruction mutuelle par une frappe nucléaire généralisée.

l’Impact

Eta Carinae est désormais un nom funeste et qui résonne dans le cœur de chaque homme comme la grande fossoyeuse de notre civilisation passée. Je m’égare cependant en poésie, admirative devant la beauté de ce qu’elle est devenue quand on l’observe désormais au télescope, cœur d’une nouvelle pouponnière d’étoiles et de planètes futures.

Mais je n’ai aucune prose apte à décrire les conséquences du sursaut de rayon gamma qu’elle avait émis 7500 ans plus tôt et qui frappa la Terre pendant dix-sept fatidiques secondes. Eta Carinae était une géante double, un couple d’étoiles réputé prêt à exploser en une supernova. Mais son effondrement fut bien supérieur aux prévisions faites sur cet astre hors-norme de 150 masses solaires. Eta Carinae est désormais un trou noir, entouré d’une vaste nébuleuse active. Son agonie, en dévorant sa jumelle, créa une émission de photons gammas suivis par une rémanence lumineuse qui dura des mois. Tout astronome qui eut pu observer en témoin ce spectacle unique et si bref, en regard des âges cosmiques, en aurait été saisi d’émerveillement.

Mais l’Impact frappa la Terre le 17 Janvier 2032, sans aucun signe annonciateur. Il était strictement impossible de déceler le danger à une échelle humaine. L’univers ne prévient en rien quand il sème la destruction indispensable à son développement, sa variété et la richesse de sa création. Une planète, même débordante d’une forme de vie si évoluée, n’est qu’un objet insignifiant, percuté par les simples lois statistiques du hasard, et la destruction engendrée rien de plus qu’un dommage collatéral sans aucun signifiant.

L’épicentre du flash frappa Kanpur et sa périphérie, oblitérant 8 millions d’êtres humains en quelques centièmes de secondes. Le souffle crée par l’embrasement de l’air et des matériaux carbonisa en quelques dizaines de secondes la moitié de l’Inde, du Népal, une partie du Bengladesh, et provoqua un raz de marée de 30 mètres de haut qui dévasta tout le golfe du Bengale puis les côtes de l’Océan Indien, de Madagascar à l’Australie. Oui, cette vaste région ravagée, vous la connaissez désormais sous le nom de l’Abime.

Mais ces dégâts furent négligeables en comparaison de son plus global effet immédiat. L’Impact éclaira le ciel sur plus d’un quart de la surface du globe, à une intensité qui ne put être mesurée. Tout être vivant se trouvant hors d’un abri direct entre ses yeux et l’environnement extérieur devint immédiatement aveugle. De la Syrie au Japon, même des individus dormant les volets fermés eurent les rétines détruites par l’éclat de plusieurs millions de soleils. En dix-sept secondes, après plus d’un milliard de morts, près de 3 milliards d’humains perdirent immédiatement et irrémédiablement la vue.

Dramatiquement, la série d’événements d’origine physique et anthropiques qui s’enclencha par la suite eut des conséquences plus dévastatrices encore. Mais ceci, je ne puis même pas en témoigner directement. Car si l’Impact signa la fin de la civilisation du 21ème siècle, elle enterra aussi toute la technologie qui lui avait donné naissance.

La Fin des Temps

Pendant longtemps, nombre d’individus sur terre furent tenté de nommer les 25 ans qui suivirent l’Impact : l’Apocalypse. La décision conjointe de l’UNE (United Nations of Earth), à partir de 2088, de retirer toute référence religieuse de de toute forme de dénomination officielle, en même temps que refuser toute forme de représentation publique ou étatique de quelque religion que ce soit, fit disparaitre ce terme connoté de l’Histoire. J’ajouterai que son emploi dans ce sens était particulièrement erroné : l’Apocalypse désigne le Livre des Révélations, faussement attribué, dans le Nouveau Testament, à l’Apôtre Jean.

Mais nommer cette période la Fin des Temps reste encore une facilité. Elle ne fut pas la fin du monde ; vous et moi sommes ici pour en témoigner. Elle marqua simplement la fin d’une civilisation humaine. Pourtant, oui, l’humanité en tant qu’espèce, durant cette période, frôla le seuil de basculement de son extinction. Personnellement, je préfère nommer cette période « l’âge sans mémoire », car cela reste encore aujourd’hui, le trait le plus marquant de cette époque.

C’est ainsi que je suis forcée d’avouer que tout ce qui va suivre rester imprécis et n’a été en grande partie compilé que par le résultat d’études historiques et archéologiques. Pendant 25 ans, l’humanité fut privée de son plus formidable talent : sa capacité à tout enregistrer sur support digital.

Pour ce que nous savons, l’Impact eut pour conséquence immédiate la destruction de l’ensemble du système de distribution électrique de la planète. Dans la zone irradiée par le sursaut de rayons gammas, toute l’électronique fut instantanément dévastée.  La propagation du choc à travers la magnétosphère affecta tous les appareils et technologies du même type en une poignée de jours. L’humanité fut plongée dans le noir le plus total ; plus de communications, de chauffage ni d’éclairage, plus de réseau de distribution de l’eau, plus de réfrigération, plus de transports et aucun système de localisation opérant. L’idée même de venir en aide aux milliards d’aveugles errant dans les zones irradies fut globalement abandonnée devant l’impératif de la survie et la soudaine impuissance radicale à laquelle l’humanité était réduite.

Nombre de spécialistes ont souvent anticipé, dans des travaux de prospective alertant sur les divers risques majeurs que pouvaient subir la planète, les conséquences en cascade d’un tel scénario. Ici, se rajoute cependant un autre élément rendant l’analyse du déroulement de la catastrophe plus malaisé. L’Impact n’avait pas qu’envoyé dans l’air des millions de kilomètres cubes de cendre plongeant la terre dans la nuit pour plusieurs semaines. En perçant la couche d’ozone, il y laissa un trou béant qui, par un effet de cascade, se répandit en une déchirure annonçant à court terme un effondrement partiel de toute l’ozonosphère à l’échelle du globe, avec une intensification du rayonnement ultraviolet.  Mais un bref sursaut de rayons gammas modifie aussi la composition moléculaire de l’atmosphère. L’azote et l’oxygène présents dans l’atmosphère furent rapidement convertis en dioxyde d’azote, avec deux effets globaux : un refroidissement brutal et la survenue de pluies acides.

Dans un monde endeuillé par un milliard de mort et trois milliards d’aveugles, pour leur immense majorité abandonnés à leur sort, privé d’électricité, soumis à un surcroit de rayonnement ultraviolet et une perte rapide de température, la végétation localement ravagée par des pluies acides, il était inévitable qu’un effet de rétroaction positive s’enclenche jusqu’à un basculement quasi irrémédiable.

Le premier effet fut la conséquence directe d’un état de quasi-guerre. Malgré la destruction des systèmes électroniques, plusieurs dizaines de missiles nucléaires intercontinentaux réagirent en réponse à l’arrêt immédiate de toute communication de leur centre de contrôle : ils avaient une cible, ils s’envolèrent à leur funeste tâche. La plupart des missiles ne supportèrent pas la vague d’IEM de haute fréquence. A l’heure actuelle, les meilleurs experts estiment que 35 impacts nucléaires se produisirent, pour la plupart dans de grandes villes, causant environ un demi-milliard de morts supplémentaires.

L’élément suivant le plus rapide fut l’absence d’approvisionnement dans les grands centres urbains. En moins de douze jours, les premiers décès de faim, de soif et de violence commencèrent. Suivis immédiatement des premières épidémies : les populations survivantes, contraintes à un exode rural, emportèrent avec elles leurs germes mortels pour les essaimer sur leur route. Au 21ème jour, les dernières structures d’état encore en fonctionnement s’effondrèrent. Et à partir du 35ème jour, les centrales nucléaires et les sites d’industrie chimique sensibles s’emballèrent, hors de contrôle.

A la fin du mois de Mars 2032, même les régions industrielles épargnées par l’Impact et les bombes atomiques furent dévastés par les ravages de leurs propres structures industrielles devenues autant de source de destruction et de pollution massive. Puis, l’hiver commença ; il dura dix ans. La température sur le globe chuta en l’espace de dix à douze mois d’une moyenne de 7 à 10 degrés, achevant d’exterminer les survivants de l’humanité.

Environ dix après l’Impact, nous estimons assez précisément que l’humanité était réduite à moins d’un milliard de représentants de son espèce.

Il faut imaginer des populations survivantes réduites au nomadisme, soumises au froid et à des aléas climatiques extrêmes, bombardées par des épisodes de rayonnement ultra-violet intenses, dénuées de toute forme de confort ou d’hygiène telle que celle dont nous pouvons confortablement profiter. Au-delà des représentations populaires de cette période à travers le cinéma et les simworlds, il est clair, après les dernières fouilles archéologiques menées sur le sujet, que pendant près de vingt ans, pratiquement toutes les villes virent leur population disparaitre et les survivants s’éparpiller à la recherche vaine de conditions de vies favorables sur une planète dévastée. Le désespoir, l’effondrement des repères sociaux, la destruction dramatique de tout le passé culturel et l’absence totale de structures judiciaires et sociales sont sans comparaison et eurent de dévastatrices conséquences sur la natalité pendant plus de trois décennies. On ne peut pas représenter ce drame à sa juste valeur car l’esprit humain et ses limites morales ne parviennent pas à accepter et décrire fidèlement les véritables conditions horrifiques de cette période de l’histoire.

Je mentionnais : pratiquement toutes les villes ; car toutes ne furent pas totalement désertées. Et c’est de l’une d’elles, à Melbourne, à l’extrême-sud de l’Australie, que vint le renouveau de la civilisation, ou du moins fut-elle la première reconnue officiellement. Ce fut aussi l’époque de la Guerre des Machines, un des prémices à la fondation de la Nouvelle Humanité. Mais ceci fera l’objet d’un prochain cours.

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