La Nouvelle Humanité, partie 5 : L’écologie

C’est un peu ardu d’écrire avec un pouce droit dans une attelle, alors navrée d’avance pour les fautes, mais j’espère que la cinquième partie de ce document qui brosse la civilisation du 23ème siècle vous plaira !

5- L’écologie & la défiance technologique

Sans surprise, la Nouvelle Humanité est écologiste. Mais ce mot un peu fourre-tout ne décrit pas grand-chose et ne fait qu’effleurer la surface du problème, : qu’est-ce que l’écologie en tant que mode de vie et mise en pratique au 23ème siècle ? Nous allons donc dégrossir un peu et aborder le sujet plus en détail ci-dessous.

On serait surpris de se demander : pourquoi les humains du 23ème siècles s’emmerdent à avoir des comportements dits « écologiques » ? Après tout, la Nouvelle Humanité est en passe de connaitre une ère post-rareté, les forges sont capables à partir des molécules les plus basiques et même d’éléments atomiques de produire les composés et objets les plus complexes et ce qui manque sur Terre, désormais, il suffit d’aller le chercher dans l’espace. En plus, même en tenant compte des ravages du 21ème siècle sur la planète, il y a désormais à peine plus de deux milliards d’humains à nourrir, ce qui ne représente pas un grand défi, finalement. Alors, pourquoi la société du 23ème siècle se soucie d’économiser, de recycler, de préserver ? Pourquoi n’est-elle pas une société capitaliste de surconsommation ?

Alors, hint : en fait, la Nouvelle humanité est une société de consommation florissante. Elle est juste nettement plus éclairée et bien moins frénétique que celle des débuts du 21ème siècle. Beaucoup de choses ont été pensées non plus dans une philosophie consumériste, mais dans des objectifs de productivité raisonnée et de long terme. Les voitures, l’électroménager, par exemple, sont des machines réparables et upgradables faites pour durer au moins trente ans avant d’en changer. Un projet immobilier ou industriel n’est pas pensé pour être rentable en 3 ans, mais sur une dizaine d’années, avec une durée de vie espérée d’une demi-siècle au moins. Et personne ne change son interface à chaque anniversaire en jetant le précédent. Il est moins coûteux, moins compliqué mais aussi dans l’esprit de l’humain du 21ème siècle, plus responsable de l’upgrader, c’est-à-dire l’améliorer en changeant les pièces désuètes par les dernières performantes. Et personne ne jette sa machine à café ou son clavier quand ils tombent en panne. Cela se répare, tout simplement ! Ceci dit, personne ne « jette » rien, puisque les circuits de recyclage sont florissants et que c’est tellement dans les mœurs que les amendes pour jet de détritus sur la voie publique n’existent pas !

Bien sûr, un comportement et des politiques écologiques, ce n’est pas qu’éviter le gaspillage : c’est aussi éviter la pollution, préserver l’environnement, encourager l’urbanisme vert, gérer sur le long terme l’exploitation des ressources, respecter la vie animale, y compris pour l’élevage alimentaire, etc… et donc, venons-en au fait.

La consommation soutenable

Tout part de la fin du 21ème siècle et de la situation dramatique de l’humanité alors qu’elle a survécu à une quasi-extermination. Quand même le cuivre, l’argent, le silicium, deviennent des ressources critiques, que l’accès à l’uranium et au thorium sont problématiques et que la plupart des terres rares sont dans des régions contaminées ou hautement hostiles, il devient rentable, d’une part, de recycler et économiser tout ce qui peut l’être, de l’autre de percer des kilomètres de glacier antarctique ou d’installer des stations sous-marines permanentes à des profondeurs abyssales pour exploiter des ressources vitales.

Et c’est aussi quelque part le même problème du point de vu alimentaire : produire de la nourriture dans un monde dont les deux tiers des terres émergées sont impropres à la vie humaine et en luttant contre une flore sauvage désormais très résistante et à la croissance rapide nécessite d’optimiser au mieux tous les ressources agricoles possibles, ainsi que la distribution alimentaire. Et le tout en devant s’adapter à un monde au climat bouleversé, qui a perdu de grandes surfaces de terre avec la montée des eaux, la désertification ou simplement la chaleur torride.

L’homme du 23ème siècle vit dans un monde de consommation soutenable et plus dans une société productiviste de surconsommation. Entre progrès technologiques et nouveaux modes et cadres de vie, la consommation privilégie particulièrement les circuits courts, surtout dans le domaine agro-alimentaire. La versatilité d’emploi des forges a littéralement fait disparaitre une grande partie du trafic mondial de biens préfabriqués, au profit des matières premières, composants et pièces uniques. Le circuit de recyclage et de retraitement est une vaste branche professionnelle présente partout et particulièrement active et prospère. Enfin, le concept d’obsolescence programmée a été totalement oublié au profit de celui de service technique après-vente : la plupart des fournisseurs de technologie fournissent tout un circuit de réparation, de mise à jour et de maintenance, aidé en cela par l’usage des patterns de construction des forges et les très nombreux ateliers où se rendre localement pour faire réparer et mettre à niveau ses appareils défectueux, obsolètes ou usés.

Ça veut dire quoi, dans les faits ? Ben, pour commencer, que la plupart des biens technologiques et mobiliers sont fait pour durer et surtout pour être réparables. Personne ne rachète un nano tous les trois ans, on ne change pas son interface ou sa console SIRM à chaque anniversaire et une voiture, comme une cuisinière ont toutes les chances de durer deux générations. Cela veut aussi dire que le prix de tout bien durable est plus élevé ; il y a toujours des appareils et technologies nomades et jetables à bas prix, mais ils sont en matériaux recyclables ou biodégradables, et il vaut mieux ne pas trop compter sur leurs performances.

Les textiles et surtout le prêt-à-porter ont vécu une sévère mutation : si la matière première transite toujours par le monde, la production est localisée, parfois même à la demande ! Les grandes sociétés textiles fournissent les patterns, les matières premières et les accessoires et, ainsi, les vêtements sont confectionnés non loin des lieux de distribution par des forges. Le sur-mesure est un luxe très accessible, et la plupart des enseignes de vêtements et chaussures peuvent fournir un produit taillé à la demande dans un atelier au sein même du magasin. C’est, finalement dans tous les domaines de la production de biens, aussi, un retour aux artisans et ateliers locaux qui, pourvu qu’ils disposent de l’équipement nécessaire, peuvent concurrencer les grands distributeurs.

Les ressources & le recyclage

Et oui ; on insiste encore mais, au 23ème siècle tout se recycle. Mais, vraiment, tout, y compris d’ailleurs les êtres humains, quand ils sont d’accord, et la plupart le sont : les cimetières n’ont en général plus le sens de lieu où on enterre les corps, mais de lieu de recueillement où on honore les morts. Car la plupart des humains finissent simplement en cendres et compost, choisissant où leurs restes seront employés, le plus souvent dans des parcs et forêts dédiés. Se faire enterrer ou avoir un caveau est un luxe excentrique et considéré un peu vain en 2202 et conserver une urne funéraire chez soi devient de plus en plus rare.

Il a fallu attendre le début du 22ème siècle pour pouvoir exploiter les ressources critiques dont l’humanité manquait. La rareté, c’est-à-dire le manque flagrant de matières premières, finit par devenir un concept oublié seulement à partir de la seconde moitié du 22ème siècle. Entretemps, il fallut trouver des solutions pérennes sur une planète bleue en proie à l’agonie. Le recyclage, ça coûte cher, avant tout en énergie. Mais l’arrivée des piles Shisptone a permis de rendre cette industrie remarquablement rentable, jusqu’à la développer et la perfectionner au dernier degré. Et quand quelque chose devient si rentable, pas de raison d’arrêter, n’est-ce pas ?

Même les plus grands consortiums trouvent, dans la plupart des cas, avantage à investir dans l’industrie du recyclage et comme tout se recycle, cela tombe bien ! L’humanité n’exploite plus les hydrocarbures depuis plus d’un siècle et c’est tant mieux : ils sont tous remplacés par des composés organiques, les bioplastiques, d’origine biologique et qui sont biodégradables et recyclables. Le bioplastique a aussi moins d’usage au 23ème siècle ; quand on veut faire solide, que ce soit pour du mobilier, des coques de véhicules ou du stockage durable, que ce soit pour des petites ou grandes quantités, on lui préfère le graphane, autrement plus solide, pratiquement aussi léger et doté de propriétés vitales pour l’industrie, y compris la possibilité d’être aussi transparent que du verre tout en étant plus solide que de l’acier.  Les bioplastiques ne sont en fin de compte employés que pour des objets à durée de vie limitée, comme les stylos, les nanos jetables ou encore les emballages alimentaires ou domestiques. Le bioplastique ne se conserve que quelques années dans des conditions contrôlées et à peine quelques mois en condition d’utilisation normale avant de se dégrader. Quant à son recyclage, il est très simple : il finit en compost après collecte et alimente l’agriculture… qui fournit les bioplastiques !

On recycle tout, encore une fois ; dans les quartiers un tant soit peu géré par un urbanisme efficace –oui, ce n’est pas non plus partout – l’eau domestique et alimentaire n’est pas simplement retraitée avant d’être rejetée, elle est recyclée et littéralement gérée en circuit fermé. Oui, on boit le pipi de son voisin ! Mais un tel système permets de ne dépendre que de faibles apports d’eau extérieur pour compenser les inévitables pertes. Quant aux détritus solides, y compris la plupart des déchets industriels les plus dangereux, le recyclage se fait grâce à d’énormes cuves semblables aux forges, avec des nanites capables de décomposer n’importe quoi en ses éléments atomiques, qu’il ne reste plus qu’à stocker et réutiliser. Le circuit du recyclage fait ainsi partie de tous les services d’urbanisme et, là où il n’existe pas, par exemple en milieu rural, ce sont les particuliers qui revendent leurs déchets, après tri, pour s’assurer que ceux-ci retournent dans le circuit.  Fondamentalement, s’il y a toujours perte, elle est relativement faible et la pollution par les déchets, sans être de l’histoire ancienne, est désormais très limitée sur Terre.

Le gaspillage et la pollution ont-ils ainsi disparus ? Non, bien entendu. Dans certains états à régime autoritaire, on ne se soucie pas trop de ce genre de contraintes contre-productives. Des Consortiums établis sur place et qui en profitent ont toujours besoin de pouvoir polluer pour certaines industries et n’ont pas intérêt à perdre de l’argent à tout recycler et assurer du contrôle écologique. On pourra seulement dire que tous ces problèmes sont bien moindres qu’au 21ème siècle… mais il faudra peut-être encore quelques décennies pour les éradiquer.

Que mange-t-on au 23ème siècle ?

Non, le monde ne s’est pas mis à manger végan ou synthétique ; il a plutôt choisi une consommation basée sur une production alimentaire équitable et raisonnée, qu’on appelle agriculture intégrée, dans une mutation particulièrement marquante de l’agroalimentaire en général, qui n’oublie d’ailleurs pas la production de protéines artificielles comme on va le voir ci-dessous.

Derrière le concept, il y a trois motivations : réduire la dépense énergétique et industrielle pour produire et acheminer des aliments, réduire l’impact écologique sur les terres et le biotope en général et, enfin, maximiser la distribution pour éliminer le plus de gaspillage alimentaire et de matières premières possible. Oubliez donc les enfilades d’immenses champs de céréales et de soja à perte de vue et les exploitations agricoles s’étendant sur des centaines de kilomètres carrés. Ce n’est pas que cela n’existe plus, mais l’agro-industrie a laissé la place à des coopératives d’exploitants familiaux qui privilégient l’autogestion et fournissent en priorité les industries locales. Bref, quand vous mangez vos corn-flakes du matin en Californie, les céréales qu’ils contiennent n’ont aucune chance d’avoir été produits dans l’empire de Chine ni même en République du Texas… et inversement.

On ne va pas trop s’étendre sur ce qu’est l’agriculture intégrée ; celle-ci emploie des méthodes agricoles privilégiant des techniques naturelles et des mécanismes régulateurs proches de ce qui existe dans la nature pour remplacer les intrants polluants et assurer des produits de qualité et une agriculture de développement durable. Principalement, on peut dire au 23ème siècle qu’il s’agit d’une approche scientifique et technique d’une agriculture non-polluante et non-nocive pour le biotope, capable d’assurer des rendements efficaces et pérennes. Cela n’exclue pas, loin de là, l’usage de machines et de techniques perfectionnées, au contraire : l’usage de drones et d’IA est une constante, pour remplacer les ouvriers agricoles dans un mode de production qui exige beaucoup de soins et de travail des parcelles agricoles. C’est surtout la chimie qui est exclue de ce type de production, ainsi que la production à très grande échelle. Mais au niveau visuel, une agriculture intégrée, cela veut dire des champs avec des cultures variées, souvent en duo, des arbres ici et là, des hais, des près avec des animaux de ferme dont on exploite entre autre le fumier pour la fertilisation des sols, une irrigation par canaux et bassins et une certaine absence de gigantisme dans la taille des parcelles.

L’élevage alimentaire a d’ailleurs subi la même mutation. Les grands élevages industriels ont quasi disparu, remplacés par des élevages locaux en coopérative ; chaque ferme exploite des animaux en quantité limitée, en espace ouvert, et en tire intrants naturels, lait, œufs, viande, etc… La production de « viande » industrielle, parce que les protéines, c’est quand même vital, provient en majorité de l’agriculture sous-marine. Si ce n’est en aucun cas de la bouffe synthétique, il n’en reste pas moins que votre pâté de poisson ou votre steak haché ne contiennent techniquement ni poisson, ni bœuf, mais des protéines animales clonées en cuve puis reconstituées, nourries à partir d’algues et autres bactéries. Manger de la viande fraiche tous les jours n’est plus dans les habitudes humaines et, par exemple, l’élevage bovin produit majoritairement des produits laitiers.

Sans surprise, ces techniques ne parviennent cependant pas à nourrir tout le monde, seulement à éviter un gaspillage monstre. Même la pèche, elle aussi revenue à des dimensions humaines en terme d’exploitation et de distribution, n’y suffit pas : la viande et le poisson, cela reste des produits d’un certain luxe au 23ème siècle, et on n’en mange pas plus d’une fois par semaine. Plus des deux tiers des protéines consommées dans le monde proviennent de l’agriculture sous-marine, qui est autrement plus industrialisée. Ses produits, eux, peuvent être en effet classée comme artificiels ; ceci dit, un plat préparé ou une conserve fabriquée à partir de protéines artificielles issues de l’agriculture sous-marine reste tout à fait mangeable et succulent. Bon, le même plat préparé à partir de produits frais sera forcément meilleur, mais ce ne sera pas le même prix !

La Nouvelle Humanité tend ainsi à consommer local et de saison quand il s’agit de produits frais, et s’est mis à faire une croix sur une consommation excessive de viande. Les circuits longs sont un luxe et ils sont peu répandus dans la grande distribution : on produit localement et c’est un peu l’âge d’or pour les petites exploitations agricoles. Et le perfectionnement des technologies agricoles de pointe permet de faire pousser du café, des papayes ou des ananas partout, y compris dans des fermes sous-marines sous abri recréant des biotopes naturels contrôlés. Bien sûr, ce genre de choses ne sont pas données

Il y a des choses qui sont devenus des luxes au 23ème siècle ; par exemple, le café, le thé et le chocolat, sont devenus des denrées plutôt onéreuses. Les vins et les alcools distillés, comme le whisky ou la vodka, sont eux aussi des produits de luxe. Enfin, les viandes naturelles sont moins accessibles et, par exemple, une côte de bœuf pour se faire plaisir représente un investissement, son prix oscillant aux alentours de 100 à 120 C le kilogramme. Et il vaut mieux commander chez le boucher, car vous n’en trouverez pas en étal en supermarché.

Alors, avec tout cela, est-ce que la soif ou la faim dans le monde ont disparus ? Malheureusement, non, pas partout. Malgré un circuit de l’eau particulièrement développé, des régions entières subissent des sécheresses de longue durée où l’apport d’eau, même désalinisée et recyclée, est difficile. Malgré une exploitation grandissante des ressources agro-alimentaires sous-marines, il est parfois ardu de nourrir tout le monde ; non pas parce que l’on ne pourrait produire assez, mais parce que les circuits de distributions ne peuvent pas toujours suivre. Dans les Zones d’Exclusion et certaines régions particulièrement touchées par les changements climatiques, ou encore celles sous la coupe de régimes totalitaires et en guerre constante, l’acheminement et la distribution sont on ne peut plus problématiques. Il y a encore des famines et des émeutes dues à la faim au 23ème siècle, même si elles sont bien moindres que celles du 21ème siècle.

Le Projet Atlas

Initié en 2090 et qui n’a pas été en mesure d’empêcher les catastrophes climatiques en chaine de la fin 21ème aux débuts 22ème siècle, comme la Mégatempête de 2099, le Project Atlas reste, en 2202, l’un des plus grands pourvoyeurs d’emplois industriels sur Terre.

Le Projet Atlas mériterait à lui seul de bénéficier de sa propre chronologie tant cet énorme chantier mondial de géo-ingénierie a modelé la géopolitique de la Nouvelle Humanité. Il est à la source de la naissance des États du Pôle aussi bien que de l’Atlantide, par exemple et il a sans doutes autant fait pour l’économie mondiale et l’hégémonie politique de l’UNE, que pour le climat. Certains analystes politiques diraient qu’il en a même fait bien plus, tant le Projet Atlas est parti sur un demi-échec flagrant.

Le projet Atlas, à la base, c’est un projet de géo-ingénierie prévu pour tenter de favoriser la formation et le maintien des glaciers du Groenland et du Pôle Sud, afin de limiter les effets du réchauffement climatique et de la montée dramatique des eaux. Fortement financé depuis sa création, il a aussi lancé, la colonisation de l’Antarctique et de la calotte du Groenland. Avec les années et les projets qui s’y sont greffés, Atlas représente désormais plusieurs chantiers gigantesques : reboisement des zones humides, protection des régions à sol de permafrost, endiguement de la désertification, terraformation locale des zones contaminées par les ravages du 21ème siècle, gestion des digues maritimes et canaux de drainage protégeant des régions inondables et fertiles, etc…

Mais son chantier phare, ce sont mille deux cent énormes stations glaciaires aux deux pôles et sur les banquises continentales, bien que la grande majorité se trouvent au pôle nord : des plateformes marines et terrestres qui pompent l’eau de mer, la congèlent et la rejettent en masse sous forme de glace pilée. Le système n’a pas empêché une montée des eaux mais, combiné à tous les autres efforts de géo-ingénierie d’Atlas, a réussi à prévenir une partie du risque de submersion massive des côtes par le réchauffement climatique. Les stations glaciaires créent une banquise artificielle et assurent ainsi de conserver une partie de l’albédo nécessaire à conserver la glace polaire.

Malgré la puissance de la robotique et du contrôle automatisé par les IA, le projet Atlas embauche un personnel impressionnant, de l’ordre de 20 millions d’ouvriers, techniciens, ingénieurs, cadres et scientifiques, représentant des employés fédéraux de l’UNE, des employés d’état, d’autres de Consortiums, etc. Pas loin d’une personne sur 120 dans le monde travaille directement ou indirectement dans le cadre du Projet Atlas. Son financement est bien entendu colossal, souvent remis en question, fait l’objet d’enjeux politiques à grande échelle et de batailles juridiques ou diplomatiques effrénées, et a même été la cause de plusieurs conflits locaux, dont certains se font finis en guerre.

Le Projet Atlas n’a cependant jamais été remis en question, sauf par quelques extrémistes anti climatiques qui prêtent principalement à en rire. C’est à la fois un investissement colossal et une manne financière gigantesque, et malgré des résultats en deçà des espoirs de ses concepteurs, peut-être un peu trop enthousiastes ou utopiques, il est si vital pour parvenir à réparer les dégâts du réchauffement climatique que tout le monde y adhère. Ceci dit, l’estimation consensuelle sur son avancement et sa réussite explique les quelques doutes ici et là sur le projet : les meilleurs experts ont estimé qu’il ne parviendra à rééquilibrer durablement le climat mondial que dans un minimum d’encore un siècle. Et pour nombre de climatologues, cette estimation est optimiste.

La défiance à la techno-dépendance

Avec deux événements majeurs, sans compter les deux ou trois moins grave mais tout de même importants, ayant eu des impacts massifs sur tout ce qui dépend de l’électricité dans son histoire, et en considérant les conséquences, parfois ravageuses, qui ont suivies, la Nouvelle Humanité s’est mise a prendre quelques précautions avec sa technodépendance.

Cela peut sembler étrange, d’autant que les humains ont tendance à vite oublier ce genre d’ennuis ; mais le choc de ces événements a laissé de telles traces qu’il a créé des philosophies et des comportements de prudence élémentaire vis-à-vis d’u risque d’un nouveau blackout mondial qui grillerait la majorité des systèmes électriques et de de communication. Et cet instinct ne s’est pas arrêté à des politiques d’état prudente en matière de blindage électronique et de stocks de remplacement de transformateurs et de matériel électrique. Le quidam de base a souvent chez lui une petite boite blindée de plomb, avec une réserve de quelques piles shipstone au cas où, et deux ou trois équipements essentiels de cuisson des aliments, une réserve d’eau de secours, du chauffage, etc, au cas où tout l’électroménager et la domotique grilleraient du jour au lendemain. Et il ne s’agit ici que d’un exemple de la plus élémentaire prudence : certaines communautés rurales ont tout un équipement de secours, y compris des générateurs solaires ou à biodiesel au cas où et des machines électriques de remplacement ne craignant pas les impulsions électromagnétiques, y compris des radios cibi !

Si l’informatique de pointe est présente absolument partout, que tout est connecté et que les IA sont déployées dans tous les domaines, de la domotique à l’industrie en passant par tout ce qui est spatial, militaire, médical ou éducatif, le fait est qu’une partie du mode de vie de la Nouvelle Humanité du 23ème siècle consiste à être prêt à s’en passer si besoin. Ainsi, toutes les communautés urbaines sont reliées par des réseaux téléphoniques en fibres optiques enterrés alors que le monde est connecté aux Trames par ondes et satellites. Pratiquement toutes les communautés hors des grands centres urbains ont des sources entretenues et utilisées d’alimentation en énergie renouvelable (panneaux solaire, éoliennes, hydraulique ou encore géothermie). Et les grandes villes s’assurent d’avoir des réserves d’eau, de médicaments, d’aliments, de générateurs et des systèmes de téléphonie et de radio rustiques et solides en cas de nouveau blackout. Bien entendu, ces réserves sont plus ou moins complètes et bien gérées : en cas de nouvelle catastrophe, il n’est pas sûr que cela suffirait véritablement. Mais tout le monde étant prudent et préparé, l’impact éventuel d’un nouveau blackout mondial au 23ème siècle serait sans doutes relativement moindre sur les populations, malgré la panique et les dégâts qu’il causerait.

En gros, l’homme du 23ème siècle vit dans un monde d’un grand confort technologique en ayant en permanence à portée de main les moyens de pouvoir s’en passer quand ce confort s’effondrera. Ce qui donne aussi lieu à une certaine méfiance des ruraux envers la surdépendance technologique des urbains, mais aussi à des prises de précautions redondantes et parfois exagérées en terme de blindage du matériel électronique ou encore à des communautés anti-technologiques, hors de toutes considérations religieuses, qui vivent de manière autonome en se passant du maximum possible de la technologie du 23ème siècle, avec parfois des conséquences un peu compliquées.

À noter que parmi les réflexes marqués de la défiance à la dépendante technologique, il y a un nombre non négligeable de gens qui ne veulent pas entendre par des Interfaces et de la localisation individuelle permanente et qui forment des communautés organisées de gens qui s’efforcent efficacement d’être totalement invisibles pour tous les systèmes de surveillance et de sécurité omniprésents dans les villes du 23ème siècle. Le mouvement en question n’a rien d’anodin et, comme on peut s’en douter, il est aussi très utile pour les groupes et organisations clandestines qui se servent des mêmes techniques et des mêmes revendications politiques pour être ainsi invisibles et très difficiles à tracer.

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