Luna en 2202

On continue le tour des régions colonisées du système solaire. J’ai donné le gros morceau à Sébastien Louchart, qui est en train de nous rédiger la Ceinture entre Mars et Jupiter et il m’a dit que ça allait être un sacré morceau pour des intrigues à décor spatial. Moi, je me suis gardé la banlieue proche, limite le périph, avec Luna, qui est le corps céleste occupé depuis le plus longtemps par l’humanité et désormais le seul monde hors Terre qui compte un état libre, membre de l’UNE.

Données techniques

Diamètre 0.2T, masse 0.02T, gravité 0.16g, vitesse de libération 2,38 km/s, jour sidéral 27,3 jr pression moyenne 0Pa, température min/max +123°C/-233°C, Habitabilité (PHI) 0. Population : 17 millions.

Présentation

Tout le monde rêvait de Mars, pour plein de raisons légitimes qui se changèrent, au cours du 21ème siècle, en désillusion. Personne ne rêvait de Luna, parce que ce n’est qu’un gros caillou mort et froid en orbite de la Terre qui ne pouvait devenir autre chose qu’une escale pour aller plus loin. Il s’avère que l’escale a très bien réussie, au point d’être le corps planétaire le plus peuplé par des terriens. C’est que Luna a plein d’avantages ; c’est la porte à côté de la Terre, elle n’a pas d’atmosphère qui puisse compliquer tout transit orbital et, en creusant un peu, on y trouve tout le nécessaire pour établir une base de vie, y compris l’eau, si précieuse et indispensable à la vie, à l’industrie et à la propulsion des véhicules spatiaux, même si Luna n’en a pas des réserves conséquentes et qu’en générale, dans le système solaire, on va la chercher dans la Ceinture, surtout sur Cérès.

Luna, c’est l’escale pour aller partout ailleurs dans le système solaire depuis l’orbite de la Terre. Colonisée dès le début du 22ème siècle, le satellite de la Terre est aussi un grand centre industriel qui a l’avantage qu’on peut y creuser mines et carrière sans se soucier de pollution et d’écologie. C’était même devenu, pendant quelques décennies, une colonie pénitentiaire pour des états peu regardants sur les droits de l’homme. On y produit du graphane, du carburant pour les moteurs EM5 et même de la nourriture dans de grandes fermes souterraines et on y exploite métaux et terres rares.

Kenyatta, la capitale de Luna est une base semi-enterrée sise dans le cratère Philolaus et qui déborde sur sa région avoisinante avec une Vrille sur le bord du cratère. Ville indépendante et capitale de la CSC, Confédération des Cités Sélénites, elle compte 4,7 millions d’habitants qui, pour certains, sont luniens depuis quatre générations. C’est une ville grouillante de vie et d’activité, où le voyageur en transit peut trouver à peu près n’importe quoi pour son confort et ses loisirs, mais se sentira toujours étranger à la culture des luniens, des gens farouchement indépendants et particulièrement fiers de leur mode de vie et de leur civilisation. L’organisation socio-politique des luniens, une sorte d’anarcho-syndicalisme où toutes les communautés sont fédérées mais autogérées, avec un système complexe de troc avec des équivalences de services et un système administratif et judiciaire unique et un peu effrayant, a tendance à intimider les terriens les plus audacieux ; sauf à la rigueur les atlantes, pour qui les luniens sont juste un peu plus radicaux qu’eux-mêmes.

Babylon-Keysha, dans le cratère Aristotelès est le grand grenier à blé de la Lune et elle est entouré de fermes solaires et de centrales de recharges pour des piles shipstone. La ville, d’un demi-million d’âmes, est réputée austère et peu accueillante aux étrangers. On compte encore dans la région de Mare Imbrium et Mare Insularum plusieurs autres cités luniennes, comme No-Kobé, New-Angoulem ou encore Stratia. À destination industrielles et agricoles pour la plupart, toutes ont comme même caractéristique d’être majoritairement enterrées : les dômes ne sont pas la meilleure des idées,  il n’y a pas beaucoup de matériaux à pouvoir supporter les écarts de température entre la nuit et le jour lunaire et aucun qui puisse être efficacement déployés en vastes structures, sans compter les problèmes de radiations ; de plus, c’est une idée un peu idiote sur une planète sans atmosphère qui peut se prendre un caillou ou un débris d’engin spatial sur la tête sans que rien ne le freine ou ne le brûle.

Enfin, dans le cratère éponyme se trouve Kepler, ville militaire de 350 000 habitants, la base planétaire principale de StarForce pour le système solaire intérieur : Cité de garnison principalement avec sa pléthore de terrains d’essais et de manœuvre, c’est aussi le plus grand stock d’équipement et matériel de StarForce, qui y conçoit les pièces de ses vaisseaux assemblés en orbite et le plus gros centre militaro-industriel de l’UNE.

Si nombre d’états ont aussi des concessions luniennes ce sont les Ten Stars et autres consortiums et groupes industriels qui sont très présents sur la Lune, entre les industries qui coopèrent avec StarForce et celles qui exploitent les ressources du satellite pour ravitailler le trafic commercial entre la Ceinture, Jupiter et la Terre : Sur les 18 millions d’habitants de Luna, 2 millions et demi vivent dans des concessions territoriales d’état ou des Consortiums ou au sein de la zone militarisée de StarForce.

Visiter Luna

En premier lieu, les luniens ne sont pas très nombreux à visiter la Terre, pourtant à un saut de puce. Le passage de 0,16 G à 1G est très mauvais pour la santé. Il faut des semaines de traitement de médecine régénérative et de réadaptation physiologique en orbite, avant qu’un lunien puisse poser un pied sur Terre ; ça fait cher le séjour de vacances.

Pour les terriens, c’est moins problématique pour la santé, sauf à séjourner sur de longues durées, auquel cas il faudra là aussi des traitements longs et adaptés. Le plus ardu est plutôt d’apprendre à bouger dans les structures lunaires quand on ne contrôle pas bien sa force et ses mouvements et qu’on a la sensation de ne peser que quelques ridicules kilos. L’adaptation ne se fait pas toute seule et demande deux ou trois jours pour cesser de se cogner partout. La grande destination touristique, c’est Kenyatta, qui dispose de jardins et parcs souterrains et propose des visites guidées des immenses galeries des mines de glace, ainsi que des excursions à la surface, y compris de trekking de survie extrême, façon colons des premiers jours.

Étrangement, on pourrait penser qu’il n’y a rien à voir ou faire sur la Lune, mais c’est une escale quasi obligée pour aller n’importe où ailleurs dans le système solaire, alors autant bien occuper les voyageurs. De plus, ses campagnes de promotion ont été si efficaces que toute famille aisée sur Terre se paiera un séjour d’une ou deux semaines au moins une fois dans sa vie : le prix est abordable, c’est l’occasion de connaitre l’expérience de la vie dans l’espace une fois au moins et Kenyatta est très accueillante et dispose d’infrastructures hôtelières et de loisirs particulièrement modernes. On y trouve même des vastes piscines et qui ne s’est jamais baigné dans un bassin à 0.16G ne peut pas dire avoir tout connu de la vie. À noter que le plus grand complexe de casinos au monde est à Hollow Strip, dans la banlieue touristique de Kenyatta.

Par contre personne de raisonnablement sensé ne va se balader sur Luna en dehors des régions les plus sécurisées de la CSC. Entre les conflits commerciaux des Consortiums, les casus belli politiques des états disposants de concessions territoriales mais en voulant plus, les velléités politiques des groupe terroristes Luniens sur leur propre monde occupé, les colonies et les exploitations sauvages, la piraterie et le banditisme, il y a des vastes régions de la Lune qui sont franchement dangereuses.

Et de toute manière, ça reste la lune : un monde froid, sans atmosphère et en permanence irradié. Un recycleur d’air qui tombe en panne, un trou dans une combinaison, un GPS qui vous lâche, et c’est adieu Berthe. Malgré les avertissements des agences de voyage et des offices de tourisme, il y a régulièrement des inconscients pour mourir plus ou moins stupidement en ayant oublié que si Luna est un havre pour la nouvelle humanité, c’est un havre qui punit toute erreur ou imprudence sans pitié.

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