Les Hengeyokaï

— Ils ne communiquent pas, ils ne parlent pas, ils n’ont même pas de radio ! Ils ne font jamais de prisonniers, ils ne se rendent jamais, ils se suicident dès qu’on les capture ; on ne sait même pas si ce sont des êtres vivants ou des machines ! Qu’est-ce qu’on peut faire alors ?!

— Ce que l’humanité sait faire le mieux : les combattre jusqu’à l’extermination.

Échange entre deux soldats d’infanterie mécanisée.

 

La rencontre avec la seule espèce intelligente extra-terrestre connue et identifiée (car il y a nombre de soupçons sur d’autres rencontres probables, nous y reviendrons dans un autre chapitre) a commencé en conflit total, dénué de toute possibilité de discussion ou même de la moindre communication et ne cesse de se poursuivre sur le même thème, sans grand espoir que quoi que ce soit change un jour.

Les Hengeyokaï ont eu beaucoup d’autres appellations, mais ce nom, qui signifie « changeur de forme » en japonais, leur est resté, eut égard à leur caractéristique la plus troublante : on n’a aucune idée de la forme exacte que peut bien avoir cette espèce protéiforme, ni même si les représentants croisés jusqu’ici sont bel et bien des membres de cette espèce ou des machines biomécaniques évoluées.

1- Une espèce métamorphe hautement évoluée

De manière évidente, cette espèce intelligente et évoluée est entièrement bâtie sur une maitrise de la biotechnologie et de la biomécanique à très haut niveau, ce qui rend impossible à différencier l’espèce elle-même de sa technologie et de son équipement. Même ses structures et bâtiments sont biomécaniques, y compris ses engins spatiaux. Les Hengeyokaï ressemblent ainsi donc à des sortes de métamorphes dont l’armement et l’équipement sont intégrés au vivant et vivants eux-mêmes ; on ne parvient pas à savoir clairement, quand on a des échantillons, si ce sont des drones, des machines ou des représentants de l’espèce. A priori, il s’agit plus ou moins finalement de la même chose, mais il est à priori impossible de le savoir, et pour cause : toutes les tentatives de communication avec les hengeyokaï ont échoué. En fait, les Terriens n’ont tout simplement aucune idée de la manière dont les Hengyokaï communiquent entre eux, que ce soit par la parole ou des techniques à distance. Et ces derniers n’en savent pas apparemment plus sur la manière de communiquer des terriens.

Le plus troublant, c’est la masse de questions qui restent sans réponse sur la civilisation des Hengeyokaï. La seule certitude, c’est qu’il est impossible de capturer et conserver un représentant de cette espèce ou de sa technologie en vie et fonctionnel : un phénomène d’apoptose rapide, qui semble systématique, détruit la structure cellulaire des aliens, ce qui les tue et rend tout analyse de leur technologie horriblement difficile.

On ne connait pas leur mode de communication. Si on soupçonne qu’il se fonde peut-être sur des ondes lumineuses plutôt que radio pour les transmissions à courte portée, rien n’a jamais permis de savoir si les relevés des différentes émissions captées étaient des parasites, des données, du bruit environnemental ou mêmes des retours de signaux.

On ne sait absolument pas comment cette espèce interagit socialement ni même si elle en est capable en dehors de sa propre civilisation. Les tentatives lancées pour prendre contact et essayer d’ouvrir un dialogue ont toutes fini de la même manière : les Hengeyokaï ont tiré dans le tas. Si nombre d’experts pensent simplement que c’est une mesure de prudence d’une espèce qui a catégorisé les humains comme dangereux, cette réaction a plutôt tendance à nourrir la conviction générale que les Hengeyokaï sont une espèce belliqueuse et conquérante ; donc, un ennemi à vaincre à tout prix.

Enfin, les sources d’énergie de leur technologie sont elle aussi inconnues ; il n’y a que des pistes et des supputations, dont la première est qu’ils emploient eux aussi des matériaux de composites carbones comme le graphane pour ses propriétés de supraconducteurs et privilégient des solutions faisant appel à des éléments radioactifs, comme le thorium et l’uranium. Mais leurs piles et moteurs étant bio-organiques, ils sont partiellement détruits et donc très difficiles à analyser quand on peut mettre la main dessus. La découverte du palladium-X, qui semble être un constituant indispensable de leur technologie, soulève encore plus de questions que de réponse, d’autant plus que cette découverte est le fruit de consortiums privés qui ont travaillés en secret avec StarForce, en dehors de tout contrôle de l’UNE.

2- Ce qu’on sait

Quant aux certitudes concernant ces aliens, elles peuvent se résumer aisément. Les Hengeyokaï ont beau être particulièrement éloignés en aspect de l’espèce humaine, ils ont les mêmes contraintes physiologiques, à peu de choses près, concernant la respiration, l’hydratation, le repos et l’alimentation, avec cependant une meilleure résistance à ces privations. Il en va de même pour les contraintes aux extrêmes climatiques ou encore aux rayonnements, bien que leur tolérance aux rayons ultra-violets et aux radiations sont nettement plus larges que les humains ; et il semble clair que le froid les handicape sérieusement. Si certaines de leurs représentants biomécaniques sont pensées pour survivre dans le vide et des environnements extrêmes, il s’agit sans nul doute de machines et non de représentants de l’espèce.

Il s’agit d’une espèce disposant d’une culture civilisée et organisée, au niveau technologique qui apparait comme légèrement supérieur à l’humanité, mais pas forcément sur tous les points. Leurs complexes industriels et agricoles, du moins pour ce que l’humanité a pu en juger du peu qu’elle a pu étudier, sont pensés comme des biotopes autonomes et automatisés. Ils sont eux-mêmes vivants et forment un ensemble organique producteur de ressources et de déchets. Comme les humains, leur technologie exploite le graphane mais dans une version beaucoup plus biologique que synthétique. On ignore s’ils disposent de forges nanotechnologiques ; à priori, ce n’est pas la direction prise par leur évolution technologique. Du point de vue militaire, les Hengeyokaï emploient des armes à propulsion magnétique, comme les terriens, des missiles et bombes guidé, y compris nucléaires, mais pas d’armes à laser. Ils ne connaissent pas non plus la bombe stat, du moins, pas encore.

Les Hengeyokaï déploient des doctrines militaires relativement proches de celles des Terriens, mais sur un modèle nettement porté sur l’assaut frontal. Cependant, ils s’adaptent à toute nouvelle stratégie de combat, sur le terrain comme dans l’espace. Et, surtout, ils étudient la technologie humaine et adaptent très rapidement leur propre technologie afin de trouver des parades. Leur seul point faible semble être dans la nature de leur mode de communication ou d’organisation militaire. Il est arrivé que les Hengeyokaï poursuivent aveuglément des assauts frontaux suicidaires alors qu’ils étaient en évident sous-nombre ou dans une position intenable, se faisant massacrer jusqu’au dernier, pour des dégâts minimes infligés en retour. De la même manière, alors qu’ils étaient en position de force face à une résistance en train de céder, des assauts se sont brusquement arrêté et les Hengeyokaï ont fait une retraite inutile, alors que la victoire complète était à leur portée.

Un groupement de plus en plus nombreux d’experts militaires, de sociologues et d’exobiologistes pensent que l’explication aux aberrations militaires des Hengeyokaï est très simple : ils n’auraient plus été confronté à la guerre depuis une très longue période, peut-être en centaines d’années et leur dernier conflit a dû se comparer à une guerre frontale de position et d’usure, comme la Première Guerre Mondiale. Les tactiques modernes qu’emploient les humains pour se barre, très loin de ces modèles archaïques, leur seraient alors difficile à conceptualiser. D’autres experts pensent qu’il s’agit, plus prosaïquement, des lacunes des systèmes de communication de cette espèce.

 3- La Guerre Éternelle

Affronter les Hengeyokaï au sol, c’est se retrouver face à des créatures de la taille d’un véhicule blindé disposant d’un équipement et d’un armement qui font partie intégrante de leur corps, qui se déplacent avec l’agilité et l’adaptabilité d’insectes géants et qui, par essence, ne font jamais de reddition.

Si la première expédition militaire internationale sur Koie, appelée l’assaut de l’Union, en 2148, s’est remarquablement bien passé, l’ennemi, totalement pris au dépourvu et pratiquement dénué de forces armées s’étant fait massacrer, l’affrontements suivant, dès 2154, ont fini en débâcle avec l’évacuation in-extremis de l’UNESS Quanticy face à une contre-attaque parfaitement coordonnée avec un double assaut au sol et orbital. C’est l’événement qui a fondé StarForce, immédiatement plongé au cœur d’une guerre dont l’humanité ne connaissait ni les règles, ni les doctrines.

Il n’y a pas un Hengeyokaï. Les soldats de StarForce parlent des Stormers, l’infanterie d’assaut constituée de créatures à six pattes pesant une tonne de moyenne ; des Boomers, plus petits et qui s’infiltrent dans les lignes de défense pour exploser à la première cible d’intérêt qu’ils croisent ; des Schredders cuirassés et de leurs quatre bras munis de lames, capables de déchiqueter des blindages, des Reisenlaufers, des canons d’artillerie sur patte lourd de dizaines de tonnes ; des Turtles, des monstres tout-terrain rapides et surarmés transporteurs d’unités de Stormers et de Schredders. Et il y en a encore d’autres ! À chaque nouvelle bataille, les Hengeyokaï ont déployés de nouvelles armes, de nouvelles techniques et stratégies, et de nouvelles formes plus effrayantes et mortelles les unes que les autres.

Face à de telles forces, le fantassin humain, à l’image des premières forces expéditionnaires de Koie, n’a en fait aucune chance de survie. Il faut déployer des machines mortelles, et nécessairement pilotées : les Hengeyokaï ont très vite appris comme brouiller les liens à distance des systèmes de drone. Une technique qui fonctionne aussi pour les humains : des fumées denses et des brouillards d’ondes infrarouges brouillent les systèmes de communication des Hengeyokaï et parviennent parfois à désorganiser leurs mouvements. Mais face à une telle puissance brut, il n’y a que son équivalent qui puisse rivaliser. L’infanterie de StarForce est entièrement mécanisée, dotée de véhicules de combat rapides et blindés et de Personal Battle Suits et n’est jamais déployée en première ligne. Les unités d’assaut sont des Military Battle Suits, pilotées par des cyborgs afin de maximiser leur efficacité et leur survie, assistées par des aérodynes antigrav. L’artillerie mobile, surnommée les Panzerfaust, est rapide, multifonction et tout-terrain.

Affronter pour la première fois des Hengeyokaï, de l’aveu de tous les soldats qui les ont vu s’avancer en fonçant sur leurs lignes, est absolument terrifiant. Il n’y a pas de règles de la guerre : les Hengeyokaï ne font pas de prisonniers, ils n’épargnent pas les blessés ou les secouristes, ils ne laissent pas s’enfuir ceux qui font retraite. Et, en général, rien ne les arrête, sauf la mort ; il faut déchiqueter un Hengeyokaï pour le neutraliser efficacement et même détruire ce qui lui sert de tête ne l’arrête pas forcément. Autant dire que face à cet ennemi, les soldats de StarForce ne font pas plus preuve de pitié que de scrupules. Tout est bon pour détruire l’ennemi, puisque détruire l’ennemi est, de toute évidence, tout ce qui le motive lui-même.

Nous reparlerons plus en détail des conditions de vie et de combat des militaires de StarForce dans la Guerre Éternelle, mais, pour faire simple, chaque affrontement, aussi bien au sol que dans l’espace, tourne forcément au massacre mutuel. Il n’est pas rare que les Hengeyokaï ne cessent le combat que parce que massacrés jusqu’au dernier ou encore emploient en masse des bombardements intensifs ou même des ogives nucléaires pour couvrir leur retraite, au mépris de leurs propres troupes restées en arrière. Dans bien des cas, les pertes des troupes au sol de StarForce ont dépassé 50% de ses effectifs engagés.

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